BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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112 - DANAE, ZEUS, ET PERSEE

Vous parler d'écriture...

 

Vous raconter ma drogue, un peu comme ces amateurs de coke qui, alignant leurs rails, découvrent qu'ils planent bien haut avant de se casser la gueule.

Sauf que moi, je reviens en douceur, apaisé mais épuisé, étonné aussi, oui étonné des mots que je relis comme si quelqu'un d'autre avait écrit.

En fait c'est une sorte de transe, un autre moi euphorique, triste ou gai, charmant ou désabusé, qui prend ma place et compose sa symphonie.

C'est toujours ainsi, l'exemple le plus frappant d'ailleurs en est un de mes livres "La folle de Valensole" où, littéralement, les personnages m'ont emporté puisque ce sont eux qui ont pris le pouvoir, me laissant spectateur du déroulement de l'histoire. Ils se racontaient eux-mêmes, moi n'étant qu'une sorte de médium qui transcrivait leurs sentiments.

En fait, je ne faisais que m'assurer de la bonne sonorité de la musique qui tournait dans ma tête, comme la si belle chèvre de Monsieur Seguin que je récitais, enfant.

Et les loups qui taraudaient mon imaginaire venaient alors veiller au pied de mon lit ayant reçu leur pitance de rêve.

J'écris d'un coup, sans arrêts, comme une urgence, comme si j'allais mourir demain et je ne me pose que pour une cigarette, un café ou alors une envie de Mozart ou de quelques autres, une communion de quelques minutes avant de repartir à l'assaut de ma tête.

Je me lève alors, je fais quelques pas, je m'adosse aux montants d'une de mes bibliothèques, je reste dans mon livre ou dans ce que je compose - oui compose comme une sonate - je regarde mes livres, mes objets, mes grigris, mes tableaux, la cigarette fume, le café refroidit. Je suis bien, je suis dans mon univers, celui qui me constitue, le vrai, le seul avec lequel je suis en phase comme si la réalité avait basculé dans un trou noir. D'ailleurs dans ma future maison qui est en cours de rénovation, juste au-dessus de mon bureau, là-haut dans les combles, j'ai fait mettre un grand Velux pour regarder les étoiles...

Dans cette antre future sortira un nouvel ouvrage dont l'héroïne me tire par la manche depuis déjà fort longtemps. Ce livre me poursuit et il me tarde de m'y abandonner.

 

Je n'écris pas comme beaucoup.

Je veux dire que je ne mets pas à ma table pour faire mes dix pages d'écriture quotidienne. Je suis dans le fantasque, l'intuition, la liberté absolue. Je peux écrire d'un tenant, sans me dérober, sans me disloquer dans je ne sais quelles hésitations de formules ou de situations, ce fut le cas notamment de "Les pantalons courts", mais je peux ne pas écrire pendant des jours et des jours, ce qui ne veut pas dire que ma tête ne "travaille" pas. Dans ces cas-là, sur mon ordinateur, ce sont de petits paragraphes personnels qui s'empilent, des gammes que je fais, des essais que je tente, des choses plus personnelles ou bien alors ce blog que je tiens. D'ailleurs, quand j'écris ce que j'appelle "au long cours" c'est à dire un roman, mon blog en souffre puisque je ne l'alimente que très peu. En fait écrire un roman, même si c'est un besoin reste avant tout un plaisir, mon plaisir puisque, au risque de choquer, je n'écris pas pour un public mais pour moi, je me raconte avant tout une histoire que j'aurais aimé vivre ou parfois une histoire que j'aurais aimé vivre complètement, ce qui est différent.

Je suis aussi différent de pas mal d'auteurs pour d'autres raisons.

Je ne cours pas les salons, les dédicaces, j'affiche mes idées et mes désirs à l'inverse de beaucoup qui, pour vendre désirent le consensus, je ne cherche pas forcément le bon éditeur - même si je voudrais bien, dans ce cas, voir ailleurs -, je suis solitaire, ce qui n'empêche pas le plaisir de communiquer avec des lecteurs qui me suivent non seulement depuis le début mais de plus en plus. En fait, je suis fainéant et j'adore voir le long fleuve de la vie s'écouler sous mes yeux, allongé sur la berge suçotant une fleur, le doigt sur le clavier et m'étonnant d'avoir grandi si vite.

Quand j'étais plus jeune et jusqu'à récemment, je m'amusais à un exercice qui m'excitait beaucoup : je lançais dans mon crâne un début de phrase complètement inapproprié et je devais écrire sur cette base quelques pages qui racontaient une histoire qui, elle, avait un équilibre. Vous voyez, je suis un peu fou ! Néanmoins je considère cela comme un exercice particulièrement difficile et nécessitant une certaine agilité d'esprit.

 

Alors je sais, je sais que les éditeurs, mais aussi et surtout les auteurs n'aiment pas que l'on raconte l'envers du décor, mais rester dans le secret, être "intouchable", une sorte de mentor, enfin quoi un personnage à part. Personnellement j'en souris car c'est au plus près des autres que l'on apprend des autres et pas seulement dans "l'observation". Mon chemin est plus lent ? Peut-être et je m'en moque, mais il est solide et traversé de merveilleuses rencontres qui enrichissent mon imaginaire. Partager, aider d'autres à écrire - pour autant qu'ils en aient l'envie et la capacité bien sûr - , faire découvrir mon univers, rassembler des lecteurs, pas des milliers volatiles, mais des lecteurs de granit, savoir que l'on fait frémir, trembler de plaisir ou de révolte sont des bonheurs que je reçois en retour comme une ondée fertilisante.

Et là voyez-vous tout est dit, relisez l'histoire de Danaé et de Zeus transformant la pluie en or...un fils en est né.

Il s'appelait Persée.

 



27/02/2017
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