BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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81 - ROUGIERS

Il y a comme ça dans le temps, des brèches, des sortes de lambeaux qui se déchirent, des ouvertures improbables qui vous ramènent dans des époques fort éloignées et ô combien enrichissantes.

Mais pour cela il me fallait un guide, une sorte de clé des songes pour accéder à ce merveilleux.

Et ce guide fut  " Lei troubaïre de Madelano "  en la personne d'Yves et d'Irène de Vittorio-Chiavassa qui avaient convié à ce voyage nombre de leurs amis parmi lesquels de véritables pépites dont le scintillement n'est pas près de s'estomper dans ma mémoire.

 

J'étais invité - mais cela vous le saviez déjà- à une partition à deux, musique et littérature pour parler de mes ouvrages et notamment du dernier paru, le Regard d'un homme.

J'avais pris ma voiture pour rejoindre Rougiers petit village perdu dans le massif de la Sainte- Baume à quelques encablures  de Saint-Maximin et déjà, sur la route, porté par tous ces saints qui étaient du voyage, je m'enivrai du bleu des lavandes, des senteurs des pins qui rissolaient dans une chaleur qui n'avait rien de paradisiaque et des alignement de vignes, nectar si réputé que l'on comprend pourquoi on ne saisit toujours pas les liens réels qui unirent Jésus et Marie-Madeleine. Marie-Madeleine dont les crânes d'ailleurs sont sagement conservés dans la crypte sombre de l'abbatiale.

Oui "les crânes" vous avez bien lu, mais pour comprendre il fallait être à Rougiers !

Des rues du Moyen-âge, un troquet ouvert avec les "habitués" déjà bruyants  malgré l'heure bien peu catholique, un concours de boules aux accents sonores, un campanile de jeune fille tant on voit tout à travers, des écorchures de ciel bleu sous les tuiles pâles, une touffeur qui rend les habits légers et les femmes fragiles, une maison rose, fraîche, toute en hauteur avec, derrière une porte blonde, l'entrée du Paradis.

 

Dans la salle de la Mairie qui fait face à cet Eden, du monde, des éventails, des robes légères, des sueurs de premiers communiants, des gloussements de plaisirs et une odeur de pâté divin avec le buffet campagnard planqué au fond  qui attend son tour pour passer au spectacle. Un piano, des instruments de musique construits, je devrais dire ciselés par Yves, homme de génie et arrive ce duo de troubadours, ces chantres de l'amour, ces adorateurs du sentiment dont les regards se croisent mieux que des cœurs enlacés. Puis vint un homme, que dis-je un homme, une voix, une présence, un tout bourré de dons, pianiste, opéra, opérette, romance, chanson réaliste, conteur et créateur.

Bernard Mabille est un type rare et j'ai eu un bonheur fou à l'entendre mais aussi à le voir. Ses duos avec Irène de Vittorio- Chiavassa firent courir des frissons dans les rangs emportés. La journaliste ne cessait de mitrailler, le public de fredonner et moi, moi pauvre couillon de mes incultures crasses qui ouvrais des yeux de gosse devant ce tapis de richesses.

Puis vint une lecture, un de mes textes lu pour la première fois, un silence religieux, un souffle suspendu. Je découvrais mes mots dit par une autre et je me suis laissé prendre à me demander " mais qui, qui a bien pu écrire cela ? " car je n'étais pas au courant de ce piège en forme de remerciements.

Je vous jure que j'avais la chair de poule sur ma peau de poulet.

Il a bien fallu que j'intervienne alors, moi qui n'aime vraiment que la solitude de mon bureau fermé.

Vivre, vivre, vivre fut ma péroraison, mais vivre bien, vivre tout, vivre intensément, vivre dangereusement, vivre  avec son corps, vivre ses sensations et ses passions sans perdre une minute jusqu'à la dernière minute du bourreau car l'âme au fond est tellement joueuse qu'elle seule se baladera éternellement.

Puis dans la cohue qui suivit, des échanges, des questions, précisions, commentaires, un aparté, de-ci de-là (de-ci, de-là, cahin-caha) et le buffet qui trouve enfin sa place.

Chaleur, détente, bonheur, rire, humour et pour finir les derniers accords de piano, un bœuf magistral qui saisit les ultimes survivants de cette arche trouvée avec un Bernard Mabille de génie, véritable entraineur de nos humeurs de gosses. Là dans cette fin de jour je goûtais chaque seconde, je respirais la vie.

 

Le soir nous fûmes une petite dizaine à partager la soupe au pistou, chef d'œuvre culinaire. Et bien sûr, comme toujours je me suis tâché la chemise ! Que voulez-vous je n'ai jamais su discourir avec une cuillère au bord des lèvres...

Le soir mes yeux fatigués n'en finissaient pas de passer de l'un à l'autre et je vais vous dire mes amis, oui je vais vous dire une dernière chose, je vous souhaite vraiment de vivre de tels moments, où la bouffe, l'art, la culture, l'intelligence et la finesse se côtoient de telle façon que vous sentez que là, là vraiment vous vivez en hauteur.

Pour finir je voudrais faire un dernier clin d'œil à Mercedès et Robert, je les ai observés, regardés, sentis, aimés et je sais oui je sais que l'amour n'a pas d'âge, et cela fait du bien.

Et puis vous savez mes complices, en rentrant j'ai pris un cachet de Doliprane en souriant.

Pourquoi en souriant ?

Ah mais il vous fallait être à Rougiers, je vous aurais présenté "tonton".

Tonton ? Toute une histoire...

 



27/06/2016
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