BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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77 - LA " BARONNE " DE LA FOLLE DE VALENSOLE

Le lecteur s'imagine bien souvent que les personnages qui vivent à travers les livres sont fictifs, imaginés, bref uniquement construits de façon à correspondre à l'histoire écrite et voulue par l'auteur.

En ce qui me concerne rien de tout cela n'est possible puisque, non seulement je puise dans mes rencontres les "héros" de mes livres mais qu'en plus il m'arrive que, le scénario se construisant de lui-même, je laisse les personnages vivre leurs vies, ne faisant de moi  que le premier spectateur.

Ce fut le cas dans tous mes ouvrages et notamment dans "la folle de Valensole" où, par exemple, le rôle de " la Baronne" me fut directement inspiré par une femme ayant réellement existé.

 

Cette femme avait près de soixante-dix ans quand je l'ai rencontrée.

Je n'en avais "qu'une" petite quarantaine lorsque, sur les indications d'une amie qui, me sachant continuellement rechercher des livres rares ou des éditions originales, m'avait indiqué cette héritière se séparant d'une bibliothèque entière d'ouvrages anciens ayant appartenu à un des héros bien connu de l'épopée napoléonienne, héros dont  feu son mari était le dernier rameau.

Je me rendis par une journée d'été aux environs du plateau de Valensole et, venant de Toulouse, je débarquais aux alentours de 14 heures dans une gentilhommière écrasée de chaleur et assourdie du crissement des cigales. Devant une porte-fenêtre entrouverte une femme élégante et mince m'attendait dans un pantalon noir et léger et un chemisier blanc largement échancré qui ne cachait pas grand chose de ce qui gardait encore une certaine tenue.

Dans mon livre, la "baronne" n'est noble que par son mariage ayant pratiqué auparavant et avec une grande maestria le plus vieux métier du monde. J'allais découvrir après des heures de discussions autour d'un thé dans un  premier temps, puis de wiskies  bien tassés et répétés ensuite, que ce que j'écrirai plus tard serait bien édulcoré par rapport à ce qu'elle allait me raconter.

Cette femme visiblement adorait badiner, jouant avec un collier qui se perdait entre ses seins, minaudant pour un oui ou pour un non, soupirant aux souvenirs de cavalcades nocturnes et me faisant bien comprendre que, ma foi, en d'autre temps, si elle avait été plus jeune elle aurait aimé se noyer dans certains yeux bleus qui aujourd'hui ne lui tenaient que compagnie. Evidemment à cette évocation je protestais lui disant, mais aussi le pensant, que le charme quand il prend possession d'un être ne le quitte jamais, a fortiori quand cette personne est belle. A ce stade je dus m'employer quelque peu à éviter l'estocade qui fondit sur moi, recevant illico la monnaie de ma pièce dans la mesure où, prenant pour une ouverture ce qui n'était que gentille flatterie, la "Baronne" avait décidé de m'anoblir à grands coups d'éventail qui dissipait ses chaleurs croissantes.

 

Cette petite anecdote n'est là que pour illustrer mon propos mais aussi pour que vous compreniez bien les risques insensés que peut prendre un auteur en quête d'acteurs ! Plus sérieusement, cette femme, plus tard, trouva sa place dans un de mes livres et je jubilais en écrivant les quelques pages la concernant car c'était une façon de lui rendre hommage tout en me rappelant cette faconde toute méridionale qu'elle avait de se moquer d'elle mais aussi de se gausser de certains de ses amants un peu trop vantards.

Aujourd'hui quand j'ouvre un des  livres achetés à cette occasion j'ai une pensée émue pour une femme qui n'est plus, femme si "vivante" jusqu'au bout, si féminine aussi et j'ai fait en sorte que Thelme, le héros de mon livre, cède avec bonheur au tourbillon duquel je me suis échappé.

C'est cela l'avantage d'écrire, vivre sa vie mais aussi vivre d'autres vies, du moins les imaginer et les partager.

 



04/06/2016
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