BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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128 - SOLITUDE

C'est bien plus qu'une alliée, c'est une amie. C'est plus que cela encore c'est ma partenaire, une maîtresse douce et presque attentionnée comme sont les femmes aimantes quand elles sont bien aimées.

Quand elles sont bien aimées....

 

Dans le silence de mon bureau, la nuit la plupart du temps, elle est là dans l'ombre provoquée par quelques lumières pâles qui éclairent certains objets ou livres qui me sont chers. C'est elle qui m'accompagne quand je regarde ma cigarette qui fume dans le cendrier alors que ma tête part en chasse, laissant les mots éparpillés se regrouper avant que leur musique m'attire, aimant conjuguer la sonorité cérébrale de mes phrases avec la justesse de mon ressenti.

C'est sur elle que je m'appuie quand, épuisé d'écrire, je me lève, fais quelques pas et m'assoie par terre, à même le sol adossé à une bibliothèque pour, fermant les yeux et quittant le monde des vivants, je puisse discuter avec mon âme sans faux-semblants ou jeux de rôles misérables.

J'ai toujours eu besoin d'elle et, d'aussi loin que je me souvienne, je l'ai toujours recherchée tout gosse avec mes livres et mes rêves ou plus tard, cancre au fond d'une classe et montré du doigt parce que j'étais rebelle et différent. Plus tard encore, homme fait et responsable, je m'isolais souvent parce que  l'on me pensait indestructible alors que je n'était que sensibilités et doutes au moment de certains choix.

Il n'y a pire homme seul que celui qui sait que tout est fugace, tout est fragile, tout disparaît.

Qui le sait et qui le vit.

 

Il m'arrive bien souvent, en fait non, il m'arrive tout le temps de me retirer avec moi-même en pleine assemblée, réunion ou que sais-je encore.

Je souris, je discute, je peux même être disert mais ce n'est que le musicien qui joue sa partition quand le chef d'orchestre qu'est mon cerveau se focalise sur les gens, les attitudes, les réactions et emmagasine les effets de manche que ne manquent jamais de faire ceux qui mourront plus tard après quelques spasmes de vie.

Oh ! Ne pensez-pas que je me crois tout autre, me hissant sur mon Olympe, ce serait une erreur bien au contraire aimant trop l'humain pour ne pas sourire à certaines comédies de salons, mais je m'ennuie très vite quand la hauteur n'est plus celle que j'attends.

Et c'est cela ma solitude, cette impression tenace et continuelle de ne pas être à ma place car je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais à force de vouloir chercher le "rare" on ne rencontre que le vide.

Comprenne qui pourra ou voudra.

 

Alors, de  cette solitude qui fait partie de moi je m'en sers de levier.

C'est elle qui démultiplie ma sensibilité quand je me plante devant un paysage, une mer, une fleur, un piaf ou tout simplement un soleil de tous les jours qui revient chaque jour, immuable et fidèle. C'est elle qui fait que je m'étonne parce que, si tout disparaît, tout revient, comme un clin d'œil à ma hantise du temps qui passe liée à cette façon dérisoire qu'ont les êtres de vivre ce temps qui passe...

C'est elle qui me rend frémissant quand je sens un être qui s'approche avec les mêmes ramifications que les miennes, comme si, promeneur du soir, je contemplais la dernière étoile qui viendrait à s'éteindre au dernier matin du monde.

C'est elle aussi qui me tient droit et me donne son  temps là où beaucoup n'ont plus le temps, bouffés par les heures, les minutes, les secondes enfin quoi tous ces mots qu'ont inventés les hommes pour passer le temps.

Et puis cette solitude fait partie de moi, j'ai tant joué avec elle, j'ai tant partagé, tant échangé que, si elle venait à disparaître, je serais tout autre et ne me reconnaîtrais pas.

Elle me régénère, me dynamise, c'est ma pile de vie, celle qui m'accompagnera jusqu'au bout et même au-delà puisque, c'est écrit, nous partirons ensemble.

Alors je sais, beaucoup s'activent pour l'éviter, effarés qu'ils sont de se trouver confronter avec eux-mêmes, oui je sais la peur qu'ils ont, préférant le tourbillon des rencontres et des jours à abattre plutôt que de se poser les bonnes questions.

Après tout chacun a sa méthode pour arriver sans regrets au bout de sa vie  et je ne juge point mais voyez-vous j'ai découvert un trésor, une chose bien précieuse c'est que, dans ma solitude cérébrale, si je ne suis pas toujours d'accord avec moi-même,  nos raisonnements conjoints m'approchent au plus près de l'essentiel, je veux parler de cette appréhension, cette intuition des choses et des êtres.

A commencer par moi-même.



16/07/2017
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