BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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132 - LES FRÔLEMENTS PREMONITOIRES DE L'HISTOIRE

Si vous voulez bien me suivre je m'en vais vous conter une histoire, une histoire dont je suis imprégné, une histoire oubliée mais une histoire réelle qui représente pour moi, non seulement l'archétype de la grandeur humaine mais aussi sa folie quand un Dieu - et quel que soit le Dieu - pousse des êtres aux limites de leur foi.

D'abord il faut se rendre dans l'Ariège perdue au bout de notre pays de France, une Ariège rude, sévère  et néanmoins sublime par sa couleur, ses secrets et ses sommets pyrénéens qui semblent être l'avant garde de soubresauts telluriques à venir.

C'est en hiver qu'il convient de découvrir le site dont je vais vous parler parce que l'hiver voyez-vous sied bien aux sortilèges et aux mystères qui n'ont pas manqué de foisonner après, après que tout fut dit et que tout fut effacé.

Il faut prendre la route qui va de Foix à la merveilleuse petite ville de Mirepoix, puis vers le milieu du parcours, on trouve sur la droite, une petit panneau. Oh ! Un bien petit panneau indiquant Montségur.

Et là vous allez tortillonner sur une route d'un autre âge. C'est bien simple à chaque tour de roue vous allez pénétrer dans le moyen-âge,  traversant des forêts bien sombres et des plateaux dénudés. Vous serez seul, l'hiver dans ce pays n'incite pas les camping-cars ou autres bananes ceinturant des ventres adipeux à faire du tourisme.

Puis, au détour d'un virage, comme une apparition, il est là, au loin, dressé sur son tertre, son "pog" comme l'on dit ici, fier, les contours découpés, il vous domine, vous toise, vous nargue presque dans sa splendeur dépouillée, nu, viril mais avec quelque chose de dramatique, comme si la mort, tout autour, ricanait de sa solitude.

Le château de Montségur n'en finit pas de ruminer son histoire.

 

Nous sommes en 1244 et les deux cents à trois cents cathares qui sont assiégés vont crever, crever de leur foi, crever d'être des hérétiques au dire de Rome et du Roi de France mais aussi de Blanche de Castille sa femme. Louis VIII meurt et son fils, louis IX - qui deviendra Saint-Louis plus tard - lui succède. Les deux puissances ont décidé de mettre un terme à ces rebellions qui divisent non  seulement la chrétienté du royaume mais aussi celles d'autres régions de ce qui deviendra la future Europe.

Les Parfaits, ou Bons Hommes et Bonnes Dames, se considéraient comme "purs", loin des ors, simonies et autres "déviations" plus corporelles, tant du clergé en général que des prélats qui le dirigeaient.

Ils étaient probablement excessifs, probablement aussi plus traditionalistes mais quand les derniers seigneurs, les derniers propriétaires de fiefs comme le Comte de Toulouse renièrent leur foi pour rejoindre le camp du Roi de France ce fut le début de la fin.

Je ne vais pas entrer dans les détails pourtant si riches en anecdotes "courtoises" mais aussi en trahisons cruelles, il suffit de savoir qu'au milieu du 13ème siècle les derniers combattants se retrouvèrent là, à Montségur, encerclés depuis de longs mois par les armées régulières après que d'autres places fortes comme Quéribus, Peyrepertuse ou Puivert eurent succombé. Le siège dure dix mois, quatre mille hommes encerclent deux cents "faidits" - hommes, femmes et familles - qui s'épuisent et épuisent leurs vivres. Il faut imaginer les souffrances, les peurs, les trahisons mais aussi ces tentes qui entourent le château, en bas dans la plaine, les feux, les bruits de rapières, les rires, les jurons, les soudards ou mercenaires payés pour ce combat et là-haut, plantés sur les remparts,  à l'abri des créneaux et des mâchicoulis celles et ceux qui vont mourir. Guerre ancestrale, guerre d'un autre temps...d'un autre temps ?

Au bout de tout,  l'abdication est inévitable mais tous, tous, refusent de renier leur foi sous peine de bûcher, et tous, tous sauf deux ou trois qui par miracle s'échappent vont périr là, brûlés aux milieux des fagots un jour de mars 1244, à l'agonie de l'hiver.

 

Si je me suis permis de vous faire ce petit rappel historique c'est pour que, lorsque vous arriverez au bas de la forteresse qui vous domine à près de cent mètres au-dessus, vous ne renonciez pas à monter jusqu'à elle. Il vous faudra du courage, de la patience car les rampailloux sont méchants, mais là-haut, tout là-haut, tutoyant le ciel de givre, secoués par les vents coulis et frissonnants des neiges toutes proches, vous serez happés par l'histoire, vous ressentirez dans le silence troublé par des corneilles bagarreuses, toute l'éphémère fragilité des choses, des hommes et de leurs serments. Et si, par hasard, vous vous y rendez le jour du solstice d'hiver, une légende vous murmurera que le rayon du soleil qui traverse le château de part en part n'est là que pour vous indiquer le sens dans lequel il vous faudra chercher le trésor des Cathares.

Mais je vais vous dire, la principale richesse sera intérieure, fulgurante, irradiante, vous ne serez plus la même personne en redescendant. L'histoire, quand elle vous prend aux tripes ne vous quitte plus, elle vous bouffe, vous enrichit et vous rend différent.

Elle n'est, au fond, que le passé qui redevient futur et ce n'est pas ce que nous vivons aujourd'hui  et depuis de longues années qui me démentira.



20/08/2017
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