BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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138 - MES ETOILES

J'ai levé les yeux et j'ai vu les étoiles.

J'ai levé les yeux et j'ai vu l'infini par une nuit d'été dans des odeurs insistantes de lavandes et de serpolets. Le silence était bruyant et sur ma peau dénudée la caresse de l'air était si douce que j'ai pensé que c'était une femme qui venait m'aimer un peu, solitaire elle aussi sous l'avalanche du vide.

Je savais que derrière les étoiles il y avait d'autres étoiles et d'autres planètes, et d'autres soleils et d'autres galaxies encore....

Je me savais poussière, je me savais éperdu dans les firmaments insondables, je me savais si peu de choses, juste une âme percutée par l'immensité du vide si rempli de lumières.

Alors, pour faire le fier, pour résister à mes attractions rêveuses, j'ai suçoté un brin de romarin en foulant l'herbe sèche , et, dans les fourrés sombres, j'entendais les petits appels de cailles juvéniles bien que le renard rôdait.

La vie et la mort se tenaient par la main sous la voûte opalescente de la voie lactée alors que l'horizon noir me semblait un morceau de crêpe emprisonnant la terre dans son tissu de deuil.

Et pourtant je me sentais bien.

Je me sentais vivant.

Je respirais à pleins poumons comme si je voulais faire des provisions de route pour mes routes inconnues.

Mes yeux parcouraient les champs du ciel, découvrant des lucioles timides et des phares entêtant, des appels d'autres mondes quand Vénus s'offrait à moi dans sa brillance de femme libre.

Et j'étais si heureux de regarder sous les jupes des étoiles !

Je devenais intelligent, je comprenais tout et m'approchais enfin des secrets de mes Mandragores de gosse.

.

Et puis, faible dans son clignotement moderne mais insistant dans sa route, je vis l'avion.

 

Il semblait ne pas être concerné par l'ahurissant ballet des mondes, entêté seulement par sa destination.

J'imaginais à bord des gens  policés, des verres avalés, des regards jetés et vite repris à travers les hublots fixes, un brouhaha terrestre transporté bien haut mais pourtant si rampant à l'échelle de cette éternité que je touchais de mes sens exacerbés.

Il allait vers l'Est, vers les plaines mongoles ou encore vers les plateaux de Chine, il allait sûr de lui, traversant des étendues  que je savais de lilliputiens.

Je le suivais des yeux et c'est quand des chauves-souris curieuses sont venues me frôler dans leur vol silencieux que je souris à la force de la nature parce qu'à ce moment-là le grondement de l'appareil se fit entendre, comme un Matamore des arènes romaines.

 

Je retournais alors dans les étoiles cherchant Cassiopée, la grande Ourse ou encore le Chariot. Toutes ces constellations n'étant que le fruit de l'imagination humaine pour, justement, les rendre à notre entendement et à notre dimension me disais-je. J'aimais particulièrement Cassiopée qui, avec sa forme étendue et brisée me faisait penser à l'envol d'un albatros du ciel, élégant et fragile.

Je redevenais gamin, je redevenais conquérant, je redevenais crédule et, quand commença enfin le bal des étoiles filantes, j'ouvris mon vieux sac de billes pour que de nouvelles agates tombent  du ciel et me fassent Roi au royaume du rêve.

 



13/10/2017
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