BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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148 - L'ART DE VIVRE

Venez, venez avec moi, suivez-moi sur ce sentier que je chemine, la tête un peu partie, les yeux grands ouverts et le nez au vent du sud.

Tenez-moi la main, ne la lâchez pas surtout au risque de vous égarer ou de vous éloigner un peu trop.

Je vous perdrais alors dans la masse confuse.

 

Oh ! Ce n'est pas un chemin bien commode, il n'a pas de futaies, pas de collines qui le poursuivent ou le bornent et les fleurs que vous viendrez à cueillir auront d'autres odeurs que celles que vous avec connues.

Cette petite sente, cette rigole suave qui tortille, s'enfonce, se découvre et tutoie l'horizon est celle de l'art de vivre et des folles illusions. C'est un système brinquebalant, échafaudé dans ma tête quand j'étais gosse et qui tient toujours. Mieux même, il se renforce.

 

Que voulez-vous, de quelque côté que je me tourne, que je grimpe sur la vigie ou que je descende en soute, je ne vois que plaies, saletés et grandes déroutes. Je n'entends qu'injures et parjures, horions et vociférations, médisances et malfaisances et dans les misères et les drames qui s'étalent à longueur de journées je ne devine que trop bien l'haletante curiosité de ceux qui suivent les autoroutes programmées de la vie.

Je ne reconnais plus la terre, je ne reconnais plus les gens, je ne reconnais plus les glaciers qui fondent, les tempêtes qui détruisent, les plages et falaises fracassées, les génocides ici, là, plus loin, plus près, je ne vois que tueurs, rappeurs et autres frimeurs du fric quand la plupart du monde crève lentement dans le respect d'eux-mêmes, les poches vides.

Quand j'étais môme je voyais l'avenir avec plein, plein de voitures dans le ciel, des villes dans la mer, des planètes voisines habitées et la lune comme destination de vacances. Je me disais que tout le monde dormirait dans une maison, que tout le monde mangerait, que tout le monde vivrait heureux..

Quand j'étais petit...

Quand j'étais petit.

 

Alors je n'ai pas voulu que l'on me vole mes rêves, je n'ai pas voulu être otage et j'ai créé mon monde parallèle et cohérent, mon paradigme si vous voulez où peuvent évoluer mais aussi s'entrelacer et mon imaginaire et la réalité.

 

J'ai fait comme David Crockett et j'ai construit mon fort Alamo.

J'ai fait comme Némo et me suis englouti dans mes océans de livres et de musiques.

J'ai fait comme Alice et j'ai suivi le gros lapin qui gambadait dans ma tête.

Et puis j'ai fait comme Aragon, Eluard, Baudelaire et tant et tant d'autres en recherchant les yeux des femmes belles et savantes.

 

Oui, je sais, c'est une sorte d'Avantin ou bien alors une arche que je me suis créés, mais si vous saviez comme j'y suis bien, si vous saviez combien je touche là au cœur de ma vie, à l'essence même de mes rêves, de mes rêves de gosse. Après avoir perdu du temps à vouloir soulever des montagnes, à comprendre l'inadmissible, à expliquer les errements que je voyais chez d'autres, j'ai réalisé que je gâchais la beauté des choses qui pouvaient m'atteindre.

Alors j'ai ouvert mes bras, j'ai rangé mes fusils, j'ai assuré le vivre et le couvert, j'ai amassé des trésors qui, à chaque fois que j'ouvrais leurs pages, me régénéraient.

Et, bercé par les musiques que j'aime, je survole dans les airs le monde d'aujourd'hui.

Mais surtout ne me pensez pas égoïste, fermé à double tour dans je ne sais quelle proéminence qui serait d'ivoire, ne me croyez pas éloigné, loin de tout et pour tout dire ricanant, vous feriez une grave erreur.

Au contraire puisque je vous y invite.

Mais quand je revêts mon scaphandre, quand j'ouvre mes écoutilles et que je sors dans les profondeurs qui nous entourent je sais que mon navire ensoleillé n'est jamais trop loin de moi.

Et un jour, un jour de guerre lasse, je me mettrai à l'orgue de mon bureau, je composerai les derniers mots de ma dernière musique, j'écouterai une dernière fois mes symphonies que j'espérais magistrales et que j'écrivais pour vous, je regarderai à travers le hublot de mon regard de môme mon navire s'enfoncer, s'enfoncer encore, pour venir s'échouer  au milieu de sirènes aux éclats scintillants et fragiles.

C'est fou comme la vie peut être belle quand on sait être bien accompagné.

 



10/01/2018
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