BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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15 - LE POINT FINAL

Si vous le voulez bien, je vais vous faire partager pendant quelques instants  la dure réalité du romancier que je suis devenu.

On s'imagine que l'eau coule de source, que l'espace n'a pas de limites ou, que sais-je encore, que les femmes sont toutes belles. Tout ça est vrai, rigoureusement vrai, comme est vraie probablement la facilité du quidam que je suis à aligner quatre mots les uns à la suite des autres. 

Mais toute cette réalité cache le décor et masque le suceur de crayons devant sa page blanche. Elle met en lumière la carrosserie et la peau de chamois sans un regard pour le pauvre type qui s'est tapé le montage, les mains dans le cambouis. En réalité, je râle, je rouspète mais au fond, être caché en coulisses à concocter mes histoires me va bien, j'ai toujours aimé être agitateur d'idées. Et, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais les agitateurs d'idées ne sont pas les mêmes que ceux qui les diffusent. En d'autres termes j'aime plus la mise en scène que le jeu des acteurs même si, en retirant l'un vous abattez l'autre. Un peu comme le romancier et ses lecteurs si vous me suivez bien.

En fait, là où le plaisir devient supplice c'est quand on arrive au bout.

Au bout ? Vous interrogez-vous en vous grattant la tête.

Mais oui, au bout, à la fin, quand après des semaines et des semaines à ciseler une belle aventure , à rassembler sur le papier des mots épars dans votre tête et que, subitement, parce que tout se tient, parce qu'après tout, vous aussi vous êtes au bord de l'orgasme, vous collez un point final au bas de la page. Un peu comme notre Eve féconde qui, croquant une pomme arrive au trognon.

C'est la solitude, l'abattement, l'effarement. C'est la trouille, les quatre sueurs et l'emballement du coeur, c'est un départ de train sur les voies d'une gare. Sauf que là, c'est vous qui restez sur le quai.

J'étais tranquille et heureux.

Un de mes ouvrages étant en cours d'impression, je vous en reparlerai quand il sortira, probablement avant noël, j'avais aligné sur mon ordinateur quelques phrases qui avaient une certaine tenue. Et puis, pris par l'enthousiasme je suis rentré dans le jeu et n'en suis plus ressorti en laissant frissonner sur le feu d'autres petites histoires de mon cru qui méritaient un peu plus de cuisson. L'épopée fut telle que je ficelais le tout sans me désunir jusqu'à ce fameux point final qui fait qu'au bouquin déjà chez l'éditeur s'ajoute un frangin qui n' a rien d'utérin puisqu'il me ressemble comme deux gouttes d'eau.

Alors vous comprenez mon embarras ! Dois-je enfin faire une pause et régénérer des cellules déjà pas mal atteintes ou, comme un drogué, repiquer au taf, chercher une place libre pour me faire la piqûre et me laisser aller à ce qui est ma vraie nature.

Mais quelle est donc cette "vraie" nature vous demandez-vous encore en bâillant d'ennui ?

Celle des pauvres chers amis, celle de ceux qui, vous voyant passer dans la rue, piquent votre vie.

Et bien sûr, vous en imaginent une autre.

 

 

 

 

 



17/11/2014
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