BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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160 - UNE PETITE MUSIQUE QUI NE S'OUBLIE JAMAIS

Elle l'a épousé parce qu'il a été tenace, assidu, présent, têtu.

Elle s'est persuadée l'aimer après avoir aimer follement un autre qui, lui, était parti.

Alors, quand elle l'a enfin fait monter dans sa chambre, elle s'est donnée à lui et a décidé de passer enfin à autre chose et d'oublier son chagrin.

Les jours, les nuits, les nuits, les jours il venait, la prenait et repoussait un peu plus l'ombre de celui qui l'avait envahie.

Elle vécut des jours plus colorés, souriant, espérant, travaillant à ses études et lui ne la quittant pas, ne la quittant plus.

Elle se maria, fit un gosse, bossa comme une dingue et construisit un foyer dont elle était la Reine.

 

Mais toujours dans sa tête une petite musique tintait et des images  du passé se floutaient avec celles du présent.

 

Elle se débattit avec sa belle-famille imposant son couple, elle construisit sa maison avec lui et elle aimait y vivre nue, là, au bord de la forêt.

Elle progressa dans son travail, devenant responsable dans un domaine où il ne fallait pas se tromper. Lui aussi bossait.

Oui lui aussi bossait et en bossant la délaissait déjà comme sait si bien le faire un homme quand, les premières années d'émotion passées, il trouve d'autres priorités que sa femme qui alors devient un pion, un meuble, enfin quoi "son épouse".

Alors elle se battit pour exister dans ses yeux, l'entraînant dans des voyages lui qui ne sortait jamais, l'aimant comme il le souhaitait, le soutenant dans sa profession, étalant pour l'extérieur son charme et sa beauté qui flattaient sa fierté et excitaient sa jalousie.

 

Mais toujours dans ses affaires restaient cachés des photos, des objets qui étaient du passé, et la petite musique alors la berçait dans les moments difficiles.

 

Puis le temps des couples fit ses ravages et si l'amour n'est pas le "grand" amour les barques alors lentement s'éloignent l'une de l'autre en se faisant des signes parfois pour s'assurer qu'elles sont toujours là et qu'elles ne s'écartent pas plus qu'il n'est nécessaire.

Elle prit sa retraite et se noya dans des "occupations". En fait elle noyait surtout ses pensées qui, de façons régulières, se tournaient vers l'autre homme, celui qui l'avait rendue fleur....

Elle fit du sport, des activités artistiques, des relations de voisinage, elle créait, inventait, revenait à ses sources intellectuelles quand son mari s'enfonçait un peu plus dans la routine meurtrière, gardant un œil sourcilleux sur celle qui était sa femme, sa possession en somme, comme sa maison, ses biens et son compte en banque.

 

Et plus que jamais dans son corps délaissé, ou quelques fois pris de façon rituelle, d'autres mains se coulaient dans une petite musique qui, maintenant, ne cessait d'égrener ses notes douces et tendres.

 

Un jour elle eut une opportunité de retrouver cet homme, un peu comme deux trains qui, se sachant sur des routes parallèles décident de s'arrêter un temps à la même gare, à la même heure, au même jour.

Elle céda, explosa d'amour, vécu des moments qui la portèrent dans des lieux qu'elles n'imaginaient pas et, quand il lui proposa quelques temps après de finir leurs routes à deux, elle fut déchirée et refusa, ne voulant pas reproduire ce qu'elle avait vécu, même si les âges étaient différents, même si les moments étaient différents.

Alors, une nouvelle fois il la quitta.

Une dernière fois.

Mais là, c'est elle qui l'avait poussé.

 

Elle erre dans sa grande maison au bord de la forêt.

Elle sait qu'elle sera toujours torturée, elle sait qu'ils étaient à eux deux la réalité même du "grand amour". Elle sait aussi que ce grand amour s'il jaillit et ne meurt jamais peut ne pas se vivre parce que des rameaux de la branche ne tiennent justement que par la branche elle-même.

Et si la branche tombe, les rameaux meurent aussi.

 

Alors dans sa tête elle écoute et écoute encore cette petite musique  d'amour qu'il lui avait fredonnée et qu'elle aimait tant et, dans ses yeux éperdus, elle passe et repasse les images de ce qui fut, de ce qui aurait pu être encore et de ce qui n'a pas été.

 

 

 



01/05/2018
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