BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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175 - UN DIMANCHE A ROUSSILLON

C'est la fin de l'été et le calme revient, c'est la fin de l'été et mon pays revit.

Le dimanche est tôt, très tôt quand je traverse la petite plaine qui se réveille entre Luberon et monts du Vaucluse.

 

Des brumes féminines, transparentes et nonchalantes, s'étirent sur les champs d'oliviers et les vergers qui se déplument . Dans un soleil jeune et pâle je vois mon Ventoux, ma citadelle, ma mémoire et, dans le ciel au bleu délavé, des alouettes amoureuses s'éparpillent de bonheur.

Je viens de Toulouse après une halte heureuse à Cavaillon, je rentre d'ailleurs le soir même après ma journée de dédicaces, mais là, là sur la route de Gordes avant d'embrasser la descente qui m'embarque sur Roussillon je suis un homme heureux. Je renais, je retrouve, je ressens et je respire comme un fou cet air unique qui est celui de mon enfance vauclusienne.

J'aime ce Luberon comme j'aime ce Ventoux, je suis partial, personnel, jaloux enfin quoi j'ai raison, ce pays est un cadeau que m'a donné la vie.

Je choisis un petit chemin, un muret de pierres plates et là, devant Gordes qui bouffe dans ses hauteurs toutes les couleurs du monde, je pisse de plaisir, un brin de farigoule dans la bouche, et les yeux, et le nez, et les oreilles, et la peau me font un ramdam pas possible dans ma tête de vieux garçon.

Et puis Roussillon, Roussillon sur sa crête, Roussillon drapée d'ocres, de bistres, de blonds et de rouges, Roussillon qui roupille encore dans ses vapeurs du samedi soir, Roussillon si belle, si chaude avec cet accent du Vaucluse qui me dit où me garer dans ce lacis de ruelles secrètes.

Je bois le café chez ma tante, là, à coté de la mairie, elle est encore de guingois mais me sourit parce que pour elle je viens du bout du monde, de l'autre côté du Rhône.

 

Quelques minutes après je rejoins la petite esplanade qui jouxte la mairie, rebois un café avec des gens charmants, inquiets, soucieux du bien être des "auteurs". Ce sont les organisateurs et trices - beaucoup de "trices" d'ailleurs comme si, sans elles, nous les hommes, nous serions foutus -. J'ai déjà fait pas mal de salons mais je dois dire d'entrée, et ce tout au long de la journée, que celui-ci fut une réussite dans l'accueil, la rigueur mais aussi et surtout la gentillesse qui nous entourait. Un homme de radio rubicond et aux yeux de caramel fondant passe sa journée un micro à la main et fait parler les invités, les plateaux repas s'activent, le soleil bien que présent se pare de nuages pour notre plus grand bonheur et si les visiteurs font cruellement défaut jusque vers le milieu de l'après-midi, nous sommes bichonnés comme les stars du grand écran.

Quant aux auteurs présents, pardon d'être un peu direct, eh bien ce sont des "auteurs", c'est à dire qu'ils n'ont rien à dire sinon à parler d'eux.

Pas tous cependant car il y a des joyaux, ma voisine de dédicaces en est un, véritable romancière, femme aux dons multiples ou encore une autre femme au premier roman que j'avais rencontrée à Paris et qui a écrit un livre bouleversant, pétri d'amour et de reconnaissance. D'autres encore, une poignée dans la cinquantaine que nous sommes.

Deux amies viennent me voir, m'offrent à boire et sont de parti pris quant à mon écriture… ce sont des amies que voulez-vous. Elles râlent du peu de personnes présentes, ça elles râlent en vraies vauclusiennes et puis peu de temps après leur départ ce fut l'avalanche.

Des suisses, des belges, beaucoup de suisses, beaucoup de belges et qui s'arrêtent, parlent, discutent, achètent, des japonais qui ont décidé de m'immortaliser sur leurs appareils de photo pour m'embarquer avec eux au pays du soleil levant, quelques allemands, quelques français plus débraillés, souvent débraillés.

Je vends, je ne cesse de vendre et plus que la vente, c'est le bonheur de voir les yeux des acheteurs, les questions, les espoirs. Les voir repartir avec mes livres sous le bras me flagelle le crâne pour mes histoires futures.

 

Le soir arrive et une femme charmante et efficace nous donne le top du départ.

Moi j'ai de la route, beaucoup de route, un cordon de bitume qui me projettera dans mon Lauragais d'adoption. J'ai deux amours ma Provence Comtadine et Toulouse, les deux me remplissent mais dans mon cœur il ne font qu'un, la grande Occitanie.

Cependant avant, avant de bifurquer sur Avignon pour prendre l'autoroute je me suis arrêté non loin de Caumont, un petit endroit que je connais, éternel et secret.

Et là j'ai regardé ma Durance, moins folle qu'avant, domestiquée et un peu triste.

Alors je lui ai dit "je t'aime", je lui ai vraiment dit "je t'aime" et, vous me croirez ou pas, elle m'a répondu, si, si, elle m'a répondu, diable depuis le temps que l'on se connait ! Elle m'a simplement dit "moi aussi garnement".

Aussi, que voulez-vous, après ça, la route du retour fut bien douce.

 

 

 

 



18/09/2018
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