BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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18 - SI LA DEUXIEME EST AUSSI DURE QUE LA PREMIERE !

On ne meurt que deux fois disait un film dans les années 80.

Alors si, tel est le cas, je viens de mourir une première fois. Il faut d'ailleurs que je fasse gaffe dorénavant car la prochaine sera la bonne si je compte bien.

En fait cette semaine j'ai senti comme un coup de marteau sur ma tête, mais plutôt genre marteau-pilon si vous voyez ce que je veux dire. Un truc à vous coller sur l'écran derrière une affiche de Jean Mineur Publicité !

Chaque année, une quinzaine de jours avant la noël j'achète mon huile d'olive et je vais la chercher au Moulin à huile de Villeneuve-les-Avignon où j'en prends entre vingt et vingt cinq litres suivant les années. Ne cherchez pas, c'est la meilleure puisqu'elle est récoltée dans mon pays, ainsi vous pourrez juger  de ma parfaite  bonne foi ! Plus sérieusement elle est très bonne, verte et fruitée à souhait puisque c'est une première pression. C'est un petit moulin, situé dans Villeneuve où j'ai l'habitude de rencontrer le producteur, homme sensiblement de mon âge qui lui-même a repris l'affaire de son père quand mon père y allait. C'est dire si cette tradition est ancrée dans ma famille. A l'entrée, le vieux pressoir tout dégoulinant et une incroyable odeur de garrigue, d'Alpilles et de Ventoux à vous mettre à genoux pour faire le tour de la terre en récitant des bénédicités. Une ou deux semaines avant je piaffe d'impatience, je bloque mes bidons, j'appelle et rappelle pour connaître l'avancement de la pression enfin quoi, je retombe loupiot ce qui n'est pas tout à fait vrai puisque, au fond, je suis resté gamin. Ce jour de visite au Moulin, on discute, on prend des nouvelles, on goûte l'huile à même la cuillère et, parce que c'est ainsi, on se tape aussi un petit chèvre en faisant sauter un bouchon de Cairanne. 

Depuis quelques temps je me faisais directement livrer - deux ou trois ans pas plus - ne pouvant venir personnellement participer aux agapes. Aussi vous comprenez mon impatience quand cette année j'avais décidé de reprendre mes bonnes vieilles habitudes, prévenant la même secrétaire qui m'avait reconnu de l'heure de mon arrivée.

Et là, Je meurs.

Bien sûr le Moulin est là, bien sûr la petite rue, l'entrée étroite, bien sûr la même porte mais quand je pénètre... oui quand je pénètre, tiens j'ai du mal à vous le dire, quand je pénètre je me retrouve à Paris !

Plus de pressoir mais des choses, des tubes, des robinets, des trucs en fer blanc, aseptisés, sans odeurs, sans âmes et au fond, dans l'ancienne remise, une salle de restaurant façon Saint-Germain-des-Près avec des bobos de partout, des maquillées, des maquillages, des parfums, des parfumées  et des greluches qui se la jouent Champs-Elysée avec des mecs qui ont dû laisser leurs mallettes Vuitton dans leurs voitures.

Pour m'accueillir, un couple, un couple d'homme.

Et moi comme un con qui ne reconnais rien.

Alors j'ai respiré un grand coup et j'ai compris, après, quand les bidons, dans la malle et ma carte bleue débitée, "on" m'a expliqué en m'apportant deux pots de tapenades que c'est tellement pour les touristes ce truc que je n'oserai jamais les offrir.

"On" m'a dit la mort de l'ancien propriétaire, la vente  du moulin qui était passé de père en fils depuis l'époque de Daudet, "on" s'est excusé de ne pas m'avoir prévenu de ce changement et puis "on" est rentré me laissant comme un idiot devant ces murs millénaires alors qu'une bonne femme sortait couverte de rouge à lèvres en minaudant avec son carré Hermès. 

Là tout un pan de ma vie est parti en faisant pschitt.

Et c'est fou comme d'un coup j'ai trouvé qu'il faisait gris.

Le soir, comme cachet d'aspirine, j'ai lu quelques pages de Mistral.

Mais j'ai encore mal à la tête.

 

 

 

 



05/12/2014
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