BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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186 - L'ART D'AIMER

J'étais môme, bien jeune adolescent, quand l'ai lu ce magnifique souffle d'Ovide qu'est son "art d'aimer".

Et là, page après page, vers après vers, j'ai découvert ce que séduire voulait dire.

Plus tard j'ai construit mon puzzle à travers quelques écrivains, quelques rencontres aussi, quelques balades informelles, des montées au ciel qui me laissaient à chaque fois la peau un peu plus marquée, l'âme un peu plus étoilée.

Puis un jour j'ai lu d'Ormesson, et le roturier que j'étais, le manant d'Esméralda, le berger de brebis folâtres, s'est retrouvé à l'unisson de cet homme au sang aussi bleu que ses yeux et à la plume si intelligente.

Aimer disait-il n'est pas seulement un sentiment, c'est un Art.

Et ce que j'avais lu il y a bien longtemps devint alors une évidence.

 

Loin des secousses inévitables, bien loin des objectifs à atteindre, aimer c'est entourer l'autre de dessins, d'arabesques et d'images qui ne le quitteront plus. C'est décrire sur une peau mais aussi au plus intime de l'esprit des rêves qui deviendront réalité, c'est se comporter en chevalier à la fois généreux et tendre mais aussi fougueux et téméraire.

C'est créer un imaginaire, une vie parallèle, un lacis de sentes où l'être chéri viendrait à se perdre pour mieux se retrouver, les yeux écarquillés, émerveillés, si éblouis au fond qu'il lui faudra les fermer pour que la réalité emporte le butin des plaisirs.

Aimer c'est se dénuder avec élégance, totalement, jusqu'à l'épuisement cérébral, abandonné enfin aux vagues incessantes de baisers créatifs aux écumes de champagne.

Point n'est besoin de palaces et de plages lointaines, une voix, un regard, une main ouverte, quelques mots créés mais surtout, surtout, l'inévitable certitude que c'était elle et que c'était vous.

Commence alors le livre de l'amour.

Et l'art d'aimer voyez-vous c'est de ne pas en compter les pages.

 

Je vous aime Madame parce que, lorsque je vous regarde, je ne sais pas faire autre chose, maladroit que je suis dans le quotidien de la vie. Alors je peins avec mes couleurs, je murmure des mots rares, j'ouvre des chemins de traverse, je suis un défricheur, un inventeur de cultures anciennes, de phrases oubliées, de gestes surannés enfin quoi je suis un impoli poli, une sorte "d'après vous Madame", un royal soudard, l'inverse et son contraire, le rouge et le noir car vous-même Madame , et pour mon bonheur, n'êtes pas faite d'une seule pièce.

Et ma mosaïque devient alors un parterre que vous foulez de vos pieds nus.

Aimer c'est surprendre, c'est s'offrir plus qu'offrir, c'est accepter la blessure. Il n'est nulle bataille qui ne soit meurtrière, dut elle être fleurie, mais dans ma cour d'amour, au sommet de ma tour aux couleurs d'albâtre ou dans l'alcôve de ma chambre, dans les pertuis des draps emmêlés, l'art d'aimer est aussi celui de se rendre,  reddition attendue, espérée, voulue, provoquée.

Et puis, que voulez-vous, au-delà des amants, il n'y a d'amours que créatifs et, comme un peintre avec ses couleurs, un compositeur avec ses notes, un écrivain avec ses mots, les brouillons des gestes s'accumulent jusqu'au vertige de l'inédit afin que la fusion soit renaissance.

Arrivent alors les impromptus qui font chavirer et les coulées d'amour aux rives desquelles les amoureux s'abreuvent.

L'amour en vérité est la seule chose qui vaille dans ce monde broyé.

 



01/01/2019
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