BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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187 - LE POUVOIR DU SOUVENIR

Les jours s'empilent les uns à la suite des autres, ils cumulent, s'accumulent et font ainsi une tour de vie du haut de laquelle chacun, étonné, peut contempler ce qu'il a fait de ces jours sans détours, souvent identiques, toujours assassins.

Alors, au sommet de cet équilibre la question arrive, inévitable, inéluctable, imparable, je dirais... sarcastique.

Qu'as-tu fait de ta vie ?

Puis une autre, comme un corollaire…

Que sont devenus tes rêves de gosse ?

 

J'ai reçu sur ce blog un message d'une personne dont je n'avais plus aucune nouvelle depuis près de cinquante ans, un homme qui avait pratiquement vingt ans quand j'avais pratiquement vingt ans, un ami de l'époque faisant partie d'une bande  de quatre ou cinq amis et nous étions alors restés inséparables pendant deux ou trois ans.

Et là, d'un coup, j'ai tout pris dans la gueule.

Un coup de poing, un revers de claque, un reflux de la mer laissant ma plage vide de sens.

Car enfin avec lui, comme avec deux ou trois autres, nous avons tout partagé, nous avons ri, chanté, aimé, bu, dragué, fait des conneries mais aussi de belles choses, nous avons fait le mur, nous nous sommes foutus du dirlo, du surgé, de certains profs, nous avons bossé ensemble, nous nous sommes emmerdés ensemble, baladés ensemble, nous avons joué au billard ensemble, joué de la guitare, gueulé "on the road again" ou murmuré "la non demande en mariage" !

Et puis pendant cinquante ans le silence, la mort d'une partie de ma vie, une partie essentielle, vivifiante et tellement, tellement présente justement tout au long de ma vie.

Alors je me suis secoué et je ne me suis pas trouvé d'excuses.

Je ne cesse ici ou là d'écrire que la vie est une broyeuse de rêves et si un homme, un pote, n'avait pas eu l'audace, oui l'audace car à soixante-dix balais il en faut croyez-moi pour se démasquer, si ce pencul de l'époque ne m'avait pas envoyé un signe, jeté sa bouteille à la mer, j'aurais continué, bedonnant dans ma confiture de vie, à ne pas revenir aux sources de ce que je suis devenu.

J'ai donc eu honte de moi car en fait, et si vous y réfléchissez bien, quelles sont les plus belles années de vie ?

 

Alors merci JFM, merci de te souvenir de façon si précise du potache écrivaillon que j'étais, merci de cette élégance qui fait que, par delà le temps, par delà les années, par delà ces putains de jours qui s'empilent comme des lettres inachevées, merci d'avoir pris la peine de me faire un signe, un peu comme ces lumières de phares tournoyantes qui éclairent le chemin de ceux qui se sont perdus.

Dans mon confort routinier, dans ma tête encombrée j'avais failli louper l'essentiel.

Et l'essentiel mes amis, le palpable du temps vécu, la substantifique moelle ce sont justement ceux avec qui nous n'avons pas triché, ceux qui, malgré leurs rides, malgré leurs cicatrices, malgré leurs forces et leurs faiblesses, malgré l'embrouillamini de la vie font que vous êtes toujours là, dans leur mémoire.

 



07/01/2019
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