BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

23 - ELOGE DE LA FEMME DE SOIXANTE ANS.

Tout est dans ces mots.

Il n'y a rien à retrancher, rien à rajouter.

Et pourtant, que de doutes ont-elles, que de pudeurs pour leurs cicatrices spirituelles, que de critiques se font-elles, nues et seules devant la glace. Quand elles osent se regarder nues devant la glace n'est-ce pas !

Et pourtant, que de forces magistrales dans les virages de la vie, quelle élégance montrent-elles devant la muflerie des hommes, quelle ironie teintée de scepticisme et de tristesse affichent-elles quand elle croisent une femme de quarante ans qui se trouve déjà "vieille" !

 

Voilà, le mot est là, il vient de glisser de ma plume, "vieille" !

Car c'est ainsi que le plus souvent elles le ressentent dans le regard des autres et d'abord dans celui des hommes, comme une excuse, comme une reconnaissance du temps qui passe avec cette insupportable divergence entre eux et elles, eux les mâles glorieux aux tempes grisonnantes et elles, si fortes mais aussi si fragiles, tellement fragiles dans leurs vêtements qui leur "tombent bien".

Alors, parce que j'en rencontre très souvent, parce que j'en connais aussi, parce que ces clichés datent du temps où ma grand-mère était déjà grand-mère j'ai voulu, pour elles seules, écrire ces quelques mots.

J'aime la femme de soixante ans, comme j'ai aimé la femme de cinquante avant celle d'avant et celle d'avant encore.

J'aime ces femmes qui ont "casé" les gamins ( même si un "gamin" n'est jamais vraiment casé dans leur esprit), j'aime ces femmes qui ont assumé leurs maris, leurs compagnons, certaines leurs amants, vous savez ces atermoiements masculins, ces allers retours, ces incartades, rebuffades et autres petites saletés qui font qu'au bout du bout elles arrivent à cet âge où elles pensent enfin à elles.

Alors, elles éclatent, elles resplendissent, elles ont la fringale de vie et devinent que leurs pudeurs d'avant sont les impudeurs d'aujourd'hui. Elles se mettent à rire, de tout et d'abord d'elles. Elles décident de peindre, d'écrire, de se décrire  et d'assumer pleinement ces putains d'étoiles qui rayonnent dans et autour de leurs yeux. Elles osent enfin la liberté et sont d'autant plus libres qu'elles savent que le tunnel des années se rétrécit.

J'en connais qui aiment comme jamais elles n'auraient osé aimer, avec des gestes si sulfureux qu'ils rallumeraient nos  volcans d'Auvergne, d'autres qui claquent tout, à bout de souffle des claques qu'elles ont reçues avant de claquer la porte. J'en connais d'autres encore, une autre notamment, qui redécouvre un cœur d'enfant, vous savez ce cœur où seul un battement vous fait exploser le cœur quand un homme s'approche et qu'il vous séduit, comme ça, au détour d'un arbre, d'une fleur ou d'un écrit.

J'en connais enfin qui se réconcilient avec la vie, apaisées parce que belles enfin d'être aimées, belles au delà de la beauté éphémère, captant pour elles seules les rayons de la plénitude.

Et puis j'aime ces femmes parce qu'elles assument leurs envies de bouffes, de gâteaux, de sexes, de douceurs, de vins enfin quoi leurs envies de femmes enfin trouvées et pas retrouvées.

Oui j'aime la femme quand elle navigue dans ces eaux de la soixantaine, ces eaux si profondes, si amples, si voluptueuses et tellement, tellement cérébrales que lorsqu'elle jouit dans sa tête c'est son corps qui s'abandonne.

Elle sent, elle sait que plus rien ne sera comme avant et, justement, comme plus rien ne sera comme avant, elle possède alors l'avenir.

Et elle ose l'avenir, même pour vingt-quatre heures, même pour une nuit, même pour une minute n'est-ce pas, Monsieur le Bourreau.....



16/01/2015
20 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 46 autres membres