BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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25 - MA VERITE ou CONFESSION MALVENUE ET A CONTRESENS

Quand j'avais vingt berges je lisais Hara-Kiri.

Puis, après " le bal tragique à Colombey ", j'ai continué avec Charlie Hebdo.

Comme beaucoup d'entre nous, par la suite j'ai espacé mes achats jusqu'à arrêter, ne l'achetant que de temps en temps, puis plus du tout. Le fric, le temps, la vie, les tracas,  les aléas, la boussole qui, à la place de "profiter de la vie", indique "travail", la place au soleil à coups d'épaule et le temps qui passe, passe, passe avec cette rigueur d'un peloton d'exécution.

Néanmoins, toute ma vie j'en ai gardé "l'esprit", accumulant les B.D. de Wolinski, Cabu et d'autres, plein d'autres connus et inconnus, à en avoir plus de trois mille qui côtoyaient Voltaire, Camus et mes bouquins de philo, de musique, romans, histoire de France, du monde, de vous, de nous, sociologie, ethnologie, géographie, Universalis, universalité, connaissances du monde, des villages, des abeilles et du caca des chauves-souris qui nourrissent les vers qui nourrissent les araignées qui nourrissent les chauves-souris. Une boucle quoi, qui me gardait des préjugés, des jugements et des aveuglements.

Un bouclier contre la connerie en somme.

J'ai ainsi parcouru toutes mes années avec la gouaille d'un gamin, les yeux écarquillés et ce putain de désir de vie, d'amours, de connaissances et de rencontres qui ne m'a jamais quitté. Et puis, par dessus tout ça une formidable réserve quant aux médias qui, tout au long de ma vie montaient en puissance.

Et aujourd'hui je souris.

Amèrement, mais je souris.

J'entends partout, je lis partout, je vois partout  "Je suis Charlie".

J'ai une question, juste une question, trois fois rien mais quand même, dîtes-moi, pourquoi ne pas l'avoir été avant ?

Evidemment je pousse loin le trait, je provoque et connais beaucoup de mes amis qui ont affiché ces mots dans un pur soutien contre la barbarie et la liberté de pouvoir faire et dire ce que, justement, on a envie de pouvoir faire et dire dans le cadre de notre République. Et je partage cela bien entendu.

Mais enfin, voilà un journal qui crevait et qui maintenant, comme le dit si bien Pelloux, se demande ce qu'il va pouvoir faire de plus de 200 000 abonnés !

Alors je comprends tout à fait cette soi-disant "spontanéité" et cette générosité, ceci étant, je ne suis pas sûr que les mêmes qui ont défilé ou acheté le journal - ce que je n'ai pas fait en étant logique avec moi-même - soient dans le même état d'esprit que le dessinateur Luz qui, lors de l'enterrement de Charb pendant la cérémonie et au micro, revendiquait la sodomie et ses larges (!) souvenirs "d'enculades" avec son ami assassiné. Oui, je sais, l'esprit Charlie. Certes et pourquoi pas, la sodomie étant, pour certains, un des avatars de l'amour. Mais devant des enfants, devant des adolescents ? Allons, là aussi je peux comprendre l'émotion, l'emportement, après tout la Liberté, n'est-ce pas, la Liberté....Chacun fait comme il peut dans ce maelström de surenchères.

En réalité, ce qui me fait le plus sourire, ce sont nos politiques et le Bourdon de Notre Dame pour des anticléricalistes purs et durs. Là, je rigole en pensant à quelques " Unes " d'antan.

Récupération ! Que de marches les politiques  font-ils faire au nom de la liberté ! Car, n'en doutez pas, tout était organisé, prévu, canalisé. La "spontanéité" c'est immédiat, ça n'attend pas, ça étreint, ça embrasse, ça vomit et ce n'est pas cinq jours après !

Ah ! Que de jolis sondages, que de belles économies de mots, que de jean-foutres, que de belles paroles, que de mains sur le cœur, que de plus jamais ça, que de belles sonneries aux morts, que d'unanimité factice et de sourires en coin et combien c'est bon quand le peuple de France est uni.

Surtout, ne rêvez pas, ça s'arrête chez le boulanger, quand certains gagnent quelques places, ou en passant devant un sans abri, en détournant la tête.

Je me doute qu'en lisant cette note vous allez me traiter d'égoïste, de sans cœur et de vieux con même si, comme beaucoup, j'ai senti un frisson quand le peuple s'est levé.

Alors, vieux ? Pas encore sénile se glaviotant sur la chemise et toujours avec un fond d'ironie en réserve.

Con ? Pourquoi pas si cela vous rend la journée belle. Mais, dîtes-moi, où commence la connerie ?

Voltaire était un sacré con pour les précieuses et certains "esprits" du XVIII ème. Il était aussi "vieux".

Bon, ça va, j'ai de la marge....

Plus sérieusement une image me revient.

Celle du Tsunami il y a quelques années, Tsunami dévastant tout, emportant tout, tuant tout. Quel magnifique élan de générosité à ce moment là ! Combien de dons, de couvertures, d'abris de fortune, de messages de soutien....pour faire quoi à la fin ? Un entassement de produits non distribués, un détournement de fonds de certaines OMG et un oubli avec des gens, là-bas, encore démunis et seuls.

Alors, s'il vous plait, défilez dans deux ans, dans trois ans, dans dix ans pour la même cause. Retrouvez-vous "tous ensemble" plus tard, bien plus tard quand les médias auront d'autres chats à fouetter et retourneront à la graisse habituelle dont ils enduisent leurs infos. Et achetez Charlie Hebdo, à ce moment là, quand les désabonnements viendront en masse, quand ils auront besoin de fric et qu'on ne fera plus la queue pour se l'approprier.

Et là, là seulement, je serai avec vous.

Parce que c'est dans le temps et la durée que l'efficacité se juge.

 

 



22/01/2015
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