BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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36 - PUTAIN DE TEMPS...

C'est en ce sens le message que je reçus d'une amie qui, les années s'accumulant, trouvait que  la distance entre notre jeunesse et ce qu'il faut bien appeler l'époque du troisième "type", nous faisait bien mal aux entournures.

Remarquez mine de rien ma lâcheté car je n'ose parler de "troisième âge".

Oui, putain de temps qui passe et qui nous pousse à fouiller dans les tiroirs de notre mémoire des odeurs, des images, des sourires enfin quoi tout ce que nous avons été et qui ne sera plus.

Alors bien sûr, bien sûr, j'ai cette capacité à garder toujours mes yeux ouverts, j'ai ce désir chevillé à l'âme des découvertes incessantes, des rencontres opportunes, des échanges hors du commun, des chemins de traverses mais tout de même, que c'est con de vieillir.

C'est d'autant plus con qu'il y a tant et tant de choses à vivre dans la droite ligne de ce que nous avons été, gamins aux rêves impétueux et dévastateurs. C'est d'autant plus con que tout est passé si vite, comme ça, dans un soupir, un battement de cils, l'ombre d'un nuage un jour d'été et qu'il suffit d'une photographie écornée, d'un message de l'au-delà ou d'une odeur, juste une odeur malicieuse, une odeur de gamine et qui vient, persistante, vous rappeler les moments disparus.

Pour toujours, tout bêtement pour toujours. 

Alors, ne vous trompez pas, je n'ai pas cette trouille de vieillir et qui fout la vie de certains en l'air. J'aime cette sensation de fluidité du temps, cette innocence qu'il a à vous faire goûter des fruits qui sont d'autant plus merveilleux qu'ils ne se conservent pas.

Et, au risque de vous faire fuir, j'aime sentir que rien n'est définitif y compris notre âme qui s'enfuit, la garce, quand notre ultime rigidité devient morbide.

Il arrive d'ailleurs pour certains chanceux de l'existence que la vie se fasse cercle. Elle joue avec vous pour revenir à son point de départ, comme si elle avait le regret de vous avoir vu rater certaines séquences. C'est une deuxième chance qu'elle vous offre et vous vous devez alors d'aller au bout sans faiblir.

Mais quand même !

Que ces enfants étaient beaux et insouciants, que ces femmes étaient jeunes et rieuses, que ces moments me paraissaient inéluctablement éternels, que ces paysages et ces gens étaient plus proches des "quatre tiers" de Raimu que de la clé USB que j'utilise pour sauvegarder ce qui, de toute façon et quoiqu'il arrive, sera appelé à disparaître.

Vanitas vanitatum.

Impression de participer à mon tour au terreau de ces hommes et de ces femmes qui s'inscrivent dans l'histoire, sentiment d'évanescence, de transparence, d'être une sorte de cheveu d'ange qui s'étire avec toute l'élégance dont il est capable dans le maelström de l'existence.

Poussière.

Fétu de paille.

Soupir de créateur.

Et puis, parfois et comme un clin d'oeil à ce qui précède, un chemin resurgit et se propose à moi.

Alors, sans hésitations je l'emprunte et le suis.

Et, une fois encore, je recrée le monde.

Vanitas vanitatum vous dis-je !

 

 



30/03/2015
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