BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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41 - LE PINGOUIN, LE BAOBAB ET LA PAPAYE.

J'aurais aimé être musicien.

J'aurais aimé faire du théâtre.

J'aurais aimé être peintre, sculpteur, découvreur de terres dans un monde naissant. J'aurais aimé être un neurone, juste un neurone dans la tête d'une femme. J'aurais aimé être Tintin ou même Rintintin, enfin quoi j'aurais aimé être un gosse éternel sans les incertaines promesses des lendemains des hommes. J'aurais aimé être une goyave, une papaye, une fraise ou bien une cerise, enfin n'importe quel fruit juteux et débordant de vie pour venir mourir aux lèvres rougies de femmes éhontées et douces. J'aurais aimé être un vent soufflant sur ma Méditerranée ou même simple girelle et nager dans ses eaux salées, ou alors château d'If pour être sentinelle de pierres.

J'aurais aimé, tant aimé avoir la finesse des femmes, leur intuition et leur courage aussi. J'aurais aimé avoir été Clotilde ou bien Reine de Saba, Shéhérazade ou même Sapho enfermée dans son île. J'aurais aimé être draisienne, coche d'eau ou Orsay lorsqu'elle n'était qu'une gare et vivre les débuts de ce monde constrictor, lançant sur des rails fragiles les rêves des voyageurs alors sans bagages parce qu'insouciants.

J'aurais aimé vivre au temps des cours d'amour, à l'époque où l'une enlevait l'autre, à moins que cela ne soit l'inverse. J'aurais aimé être perse, athénien, baobab ou simple mimosa dont l'odeur me poursuit bien que tu aies disparu. J'aurais aimé être le premier des premiers à l'aube de l'humanité dans l'inlassable quête de la seule femme et apprendre avec elle à perdre nos innocences.

J'aurais aimé être pingouin pour glisser en riant sur la banquise jeune et vierge  ou miel offert aux tables romaines ou alors Meursault qu'on viendrait boire à genoux parce qu'un tel vin n'est-ce pas mérite que l'on s'incline.

J'aurais aimé être Acropole, bûcheron, vendeur de barbe à papa ou serrurier pour pénétrer votre intime. J'aurais aimé être l'ami de Galilée, celui de Mozart et de quelques autres encore dont les noms me donnent le frisson.

J'aurais aimé avoir une indigestion de toutes les vies du monde parce que la vie n'est faite que de murmures qui nourrissent notre imaginaire telle une source qui sort de terre et rejoint la terre pour rejaillir encore.

Mais avant tout, oui, avant tout, je n'aurais surtout pas aimé ne pas vivre ma vie.

 Car enfin, comment aurais-je vécu si je n'avais pas connu celles et ceux qui ont borné ma route ? Comment pourrais-je respirer maintenant que je sais qu'ils existent et qu'ils me sont plus chers que toutes mes vies rêvées ? 

Et puis que seraient devenus mes amis si je n'avais été leur ami ? Comment aurais-je respiré si tu n'avais traversé ma route Pierre ?  Que de discussions, de révoltes et d'amours auraient été perdus à jamais ! Et que de bleus du ciel auraient été abandonnés avant même qu'ils soient broyés par ton départ égoïste et si douloureux.

A jamais perdus.

Et puis surtout il y a mes croisements de vie, les surgeons de mon existence, les ramifications de mon arbre, lui même ancré dans une terre si ancienne qu'elle en devient gamine à force de vieillir. Existeraient-ils ces fruits d'or si je n'avais décidé de pousser la porte sur la vie, curieux avant de naitre des furieux bruits des mondes ?

Allons, je ne serai jamais ni pingouin, ni baobab ou papaye, je ne connaitrai ni l'avant, ni l'après. Je continuerai inlassablement et jusqu'au terme de mon terme à regarder, étonné, ce monde si lumineux et tellement étrange et rare qu'il rend notre temps  imparti pour laisser la place à d'autres.

Mais ce que je vis je ne l'échangerai jamais.

Au risque de tout perdre.

Et d'abord toi. Et toi et toi  et toi que j'aime.

Et toi aussi, toi aussi.

Et vous aussi.

Vous.



10/06/2015
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