BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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46 - LE DERNIER CHOIX

Le temps.

Le temps usant.

Le temps assassin.

Le temps abandonné, gâché, délaissé, perdu, ce temps qui déroule son fil jusqu'à l'épuisement, jusqu'à l'arrêt, jusqu'à la coupure.

Chronométré, dédié, imparti, comme une dose de survie.

Le temps qui ne fait rien au temps car, justement, il exacerbe les souvenirs et emporte comme une lame de fonds les êtres et les moments vécus pour mieux les broyer encore.

Que sont devenues ces vieilles mains qui tenaient ma main de gosse, ces rires dans des champs de lavande, ces odeurs d'été et de balançoires ?

Qu'êtes-vous devenus mes amis, mes amours et ces ventres soyeux de femmes ? Où sont allés ces soupirs, ces désirs, ces moments d'éternité qui ne sont éternels que dans ma mémoire ? Et mon Rhône rugissant, débordant, ces glaciers avançant, ces sous-bois aux narcisses fragiles ?

Et ces yeux, ces regards, ces sourires, ces mots connus de moi seul et qui mourront avec moi ?

Ah ! Ne me croyez pas triste, j'aime trop respirer pour perdre mon temps à regretter - seule l'ironie est salvatrice et la révolte rend libre. Non, je suis en colère.

Colère d'être une sorte de papillon dans la chaine de l'espèce et pas tortue  ou même baobab si j'avais été matière. Non pas pour vivre plus, non pas pour tutoyer l'éternité, mais pour avoir encore le temps de faire vivre autour de moi ceux qui ont disparu. Dans la mort de chaque être n'est-ce pas, c'est un peu plus d'humanité qui s'en va, la fin d'une histoire, d'un rêve, d'un soupir.

Colère et impuissance.

Impuissance et fatalité.

Fatalité ?

Je la refuse, je la combats, je la défie comme ces musiciens du Titanic, comme  Roland le Preux, comme Hemingway, comme Montherlant. L'inéluctable n'est pas mon crédo et seuls les choix comptent, les décisions, les actes qui engagent et obligent, ceux qui sont décisifs et qui donnent l'impression, oh je sais, juste l'impression, d'avoir choisi sa fin.

Et l'impression vous diraient certains peintres de mes amis c'est ce qui reste quand vous avez tout perdu.

Oui ce temps est au fond le seul Dieu des hommes puisque lui seul décide du premier et du dernier cri, lui seul s'égrène, doucereux et matois dans la jeunesse pour nous pousser, plus tard, quand par hasard on réalise qu'il est bien tard, à nous hâter, essoufflés et maladroits, à conquérir les dernières terres accessibles.

Le temps que l'on croit vulgaire alors que c'est notre bien le plus précieux, la valeur la plus rare, notre Graal en quelque sorte.

Le temps des quatre saisons de Vivaldi sauf que là, après l'hiver, c'est le néant qui dégringole.

Le temps qui me défie pauvre homme révolté, amuseur de ma vie, joueur de mots et d'idées, marcheur des chemins de traverses, le temps qui me nargue avec mes fringales de lectures, de découvertes incessantes, de connaissances nouvelles, le temps qui agite devant moi le spectre de l'impasse, le rétrécissement des jours...

Le temps  je t'emmerde.

 

 



20/08/2015
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