BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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65 - HABEAS CORPUS

C'est un coin de France où les collines se prennent pour des seins de femmes avec, au sommet, le téton d'un pigeonnier qui surgit, attirant inexorablement les colombes fatiguées de s'être données au ciel.

C'est un coin de France où l'azur caresse la terre avec quelques fois un nuage qui s'égare, perdu comme un couillon quand les autres ont suivi Panurge du côté de l'océan.

C'est un endroit biblique mais aussi charnel, un lieu moutonnant de tournesols, de blés et d'avoines pas si folles, un Eden bien planqué   où venir mourir ici c'est un peu renaître encore.

Je suis au détour d'une petite route et, d'aussi loin que ma vue se porte, je respire la vie aux confins des plaines toulousaines qui se prennent de désir pour ces vallons du Gers.

La beauté est simple.

Et justement parce qu'elle est simple elle me parle, m'attire et me soumet.

J'entends dans ma tête le bruit du charroi des hommes qui ont traversé ces terres depuis la naissance du monde. Beaucoup venaient d'Espagne et même d'un peu plus loin encore. Ils ont fait souche ici en séduisant les filles de ce pays, luronnes ou princesses,  le regard tourné vers la muraille des Pyrénées que je devine au fond, fière et orgueilleuse comme des portes d'avenir.

L'air est de cristal et le soleil s'amuse à embellir ce qui est déjà si beau.

Allons me dis-je, allons, cette putain de vie te réservera jusqu'au bout de bien jolies surprises pour autant que tu frémisses encore à l'évidence, loin de la fureur des modes qui se démoderont toujours.

Une maison couverte de lierre sombre au déboulé d'un village, une église bien plus vieille que les vieilles du village qui dorment tranquilles dans les ombres du cimetière aux murs de pierres sèches, une femme belle, si belle et silencieuse, un homme comme j'aime, c'est à dire un homme d'avant, solide mais aussi imaginatif, un couple quoi qui n'a pas fini de marcher sur le chemin de la vie et qui se parle comme seuls savent le faire les gens qui s'aiment, c'est à dire sans un mot.

Tout est là au fond, oui, tout est là.

Avancer, toujours, chercher de nouvelles sources, découvrir encore et encore le mystère de la Mandragore, vivre sa vie de mortel en rendant l'autre immortel, approcher l'improbable, rendre possible l'impossible, tutoyer l'inconnu, ne pas faiblir devant l'habitude - ou devrais-je dire "l'habituel" - et enjamber sans fléchir les espaces interdits.

A deux, parce que seul n'est-ce pas c'est tellement moins réjouissant.

Et point n'est besoin pour cela de la proximité de l'autre, mais savoir qu'il y a quelque part un alter ego capable de ressentir ces troubles et ces désirs qu'engendrent la beauté des choses est d'une jouissance infiniment plus douce.

Oui, c'est un petit coin de France où l'on a envie de s'étendre, de se laisser aller, de s'oublier.

Une envie de fermer les yeux pour les ouvrir enfin, une sorte de renaissance qui vous porte et vous emporte, une résurrection troublante avant le jugement dernier,  ce genre de métamorphose qui vient avec l'âge quand, ayant tellement aimé,  vous vous étonnez encore de toujours aimer avec une telle puissance...

Ah ! Si vous saviez comme il est  bon de rester gosse et d'avoir ces frissons qui font que même un coquelicot qui renait au printemps vous parait la plus sublime des œuvres de la création.



01/04/2016
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