BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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66 - MES NUITS BLEUES

Ecrire c'est un envahissement de l'être, une continuelle discussion entre soi et soi, une perpétuelle recherche aussi bien le jour que la nuit.

Et, en ce qui me concerne, c'est souvent la nuit.

Je suis obsédé par la musique des mots et je compose avec eux des assemblages,  des découpages, je devrais dire des coloriages qui embellissent ma vie.

J'entends leur musique bien avant de les avoir couchés sur l'écran blanc de mon ordinateur.

Alors, tendu et anxieux, le besoin est tel qu'il faut que je compose ma partition pour que, une fois avancée, je puisse enfin me laisser aller, épuisé, à vivre un peu dans la réalité des choses.

Je n'invente pas, je vis.

Je ne crée pas, je transcris.

Je ne cherche pas, ça vient.

Et le malade que je suis a besoin de sa dope pour ressembler à ce que je laisse deviner.

 

Mais les nuits sont redoutables car mon cerveau est terriblement actif, emballant dans ses replis des images qui se télescopent. Aussi, gorgé de café et de cigarettes, je me discipline, je me barde de tuteurs et  je récupère une à une les miettes de mes pensées pour les enchâsser avec douceur dans l'écrin d'une page. Je suis voyeur, écouteur, transgresseur, je suis pourfendeur de mes rêves de gosse, estoquant mes délires comme un Don Quichotte moderne, abattant mes éoliennes qui brassent des vents putrides et ne gardant que le suc de mes fleurs pour en faire des bouquets de mots dont l'arôme me poursuivra bien après que je les aie cueillis.

Trousser une phrase ou la robe d'une femme c'est au fond la même chose, la surprise est la même, le bonheur aussi et toujours, toujours reste le souvenir.

La sensualité n'est-ce pas est permanente et j'aime écrire comme j'aime la peau d'une épaule, étonné à chaque fois de la douceur des choses...

Seuls Voltaire et Dali sont avec moi, bustes posés sur le coin de mon bureau, l'un au sourire moqueur et intelligent et l'autre aux yeux fous de vie et de vices. Quelques livres bien sûr, enfin quelques uns rendus libres par mes lectures achevées et coincés sur le bord d'une étagère, les autres couvrant les murs éclairés par plusieurs tableaux qui me sont amis. Et puis des grigris, objets de mes cultes, amours de pierres, de santons, de crayons, de pelures, des choses insignifiantes qui, absentes, me rendraient improductif. Des photos aussi, un sein de femme, des mains jetées dans l'ombre, des CD à foison, des billes, cyclistes de môme, dessins, croquis enfin quoi ma caverne, mon repaire, mon antre là où, seul avec ma tête, je règle les comptes de ma vie.

Il est bien tard ce soir, ou bien tôt ce matin et la lampe blonde fait des ombres de couleurs qui viennent jouer avec la lueur pâle d'un ordinateur aux poussières de cendres.

Je viens  faire une pause avec vous avant de reprendre ma route au long cours, puisant dans mon ventre, ma mémoire et mes rêves, la force nécessaire pour aligner d'autres mots et d'autres images dans un roman bien dense que j'écris actuellement. Que voulez-vous, je parle seul, je suis le même que ce gosse qui, rentrant de l'école avec un énième zéro sur ses cahiers tachés se répétait en boucle ce qu'il allait bien raconter à ses parents pour qu'ils ne soient pas trop déçus. J'ai bien vieilli depuis mais le raisonnement est le même puisque, me lisant plus tard, j'ai toujours la même trouille de ne pas avoir réussi.

Allons la nuit vieillit bien vite elle aussi ce soir et je suis encore là à vous raconter mes nuits bleues, bleu comme mes rêves et ce regard que je porte sur ce qui est advenu et adviendra encore.

C'est la vie n'est-ce pas, cette vie que j'aime tant, immense océan aux lames incessantes et infinies qui me submergent, m'emportent et me grisent de tant de vibrations intimes.



03/04/2016
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