BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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68 - MELANCOLIE

" Aux près de l'enfance on cueille

  Les petites amourettes

  Qu'on jette au vent feuille à feuille

  Ainsi que des pâquerettes."

 

Ainsi Richepin, poète méconnu du dix-neuvième siècle, ressentait-il la déperdition du temps au mi-temps de son temps.

Mais qui n'a pas cueilli au milieu de ces fleurs éphémères, un parfum si rare qu'il vous obsède encore alors que rôde la nuit et que le glauque s'approche ?

Qui, dans sa jeunesse vibrante, n'a pas changé de quai alors qu'il suffisait d'un peu de ténacité, un soupçon d'espérance pour s'embarquer vers d'autres lumières, d'autres iles aux chaleurs entêtantes ?

La vie est ainsi ordonnée qu'elle démultiplie les voies, égarant les survivants que nous sommes dans des contrées formatées ou des impasses de hasard. Elle se joue, la garce, de notre impatience et de notre curiosité, proposant un banquet aux mirages diaboliques quand il ne s'agit pour la plupart que de rations de survie qui s'épuisent au fil des jours.

Que sont devenus les rêves et les chimères joyeuses, les promesses assurées et les yeux émerveillés ?

Où sont ces échancrures de ciel et ces comètes prometteuses que nous ne pensions pas menteuses alors que nous nous tenions la main ?

J'erre au milieu d'ombres qui se massent à la périphérie de ma mémoire et j'entends les coups sourds et redoublés du glas de mes espoirs. Ô vie fallacieuse, vie tant aimée, princesse dans mes songes et putain dans la réalité, vie crochue, empalant un à un celles et ceux qui sont partis me laissant comme un con, désarmé, démuni mais aussi trahi.

Car enfin ma belle garce t'ai-je tant aimée, t'ai-je tant désirée !

 

Mais je ne faiblirai pas ma belle, je ne ferai pas comme Faust, je ne pactiserai pas. Je sauterai les cercles de l'enfer et garderai mes rêves même si, dans tes jeux malveillants tu t'amuses à m'étourdir, cherchant dans mes doutes une façon de me mettre à terre.

Qu'attends-tu au fond si ce n'est l'amère victoire de la mort !

Allons la vie au nom si emblématiquement féminin ! Si tu dois être bourreau, ne perds pas ton élégance et entretiens chez tes fidèles qui t'ont toujours célébrée cette flamme qui leur fera croire jusqu'au bout que malgré la fange et les ordures qui t'entourent tu es la plus belle des choses, la plus rare aussi.

Tu sais cette "chose" qui rend inconsolable  quand, un à un, nous venons à la perdre et que le froid nous prend.

 

 



17/04/2016
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