BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

79 - MOURIR C'EST VIVRE ENCORE

Un jour ce sera le dernier jour, celui où le bleu de mes yeux se couvrira de noir, aveuglé  d'avoir tant brillé, celui où les oiseaux de mes rêves s'abattront dans quelque endroit secret qu'il me restait à découvrir encore, albatros épuisés d'avoir tant imaginé rejoindre le soleil.

Celui  où,  fermant le dernier livre de mes ultimes curiosités, je sentirai que c'est le moment de jeter un dernier regard au monde et de le laisser  là, tel qu'il est et que je ne voulais pas qu'il devienne.

Un jour mes doigts se refermeront à jamais sur tes doigts et tu sentiras le froid gagner ton corps parce que mon corps justement de brûler pour toi s'est embrasé de t'avoir tant et tant  aimé. Tu refermeras mes paupières, tu refermeras mon cœur, tu refermeras mon sillon de vie et tu éparpilleras mes mots dans ta tête pour que, dans les jours sombres qui suivront ils te soient mémoire, ils te soient souvenirs.

Je basculerai dans l'oubli des poussières des mondes, j'errerai à la rencontre de ceux qui sont partis, je cognerai mon âme au chaos du vide et je me perdrai dans le gouffre des millénaires afin que, le moment venu, je retrouve ton étoile.

Un jour ce sera mon dernier jour, je laisserai derrière moi quelques phrases en suspens, quelques poussières du verbe qui m'a tant agité, des déclinaisons de mots qui m'ont poursuivi ma vie entière, des constructions que j'imaginais monter au ciel pour que, de là-haut, je respire cet air que je voulais si pur. Je rejoindrai l'improbable, je croiserai le doute, je naviguerai à vue, j'écarterai de mes bras agités les mirages de sémaphores éteints et je commencerai ma recherche.

Mon âme me parlera dans un dialogue muet, elle me dira "n'aie pas peur, tu es tellement vivant" et je rirai de me voir si fragile. Elle me guidera dans les méandres des nuits qui n'ont de lumières que celles des esprits, elle me poussera à ouvrir les portes des limbes, refuge glacé où je retrouverai les premiers découvreurs involontaires. Là mes parents, des amis, des gens perdus et reconnus, des nudités dépourvues des biens terrestres, des héros, des mécréants aussi mais tous, tous nous vous regarderons vivre.

Nous gueulerons nos cris muets, nous déclencherons nos alertes silencieuses et nous vous exhorterons à ne pas perdre de temps. Mais surtout nous vous dirons de vivre l'essentiel, de laisser les surgeons des jours pour vivre pleinement le jour, de ne pas vous perdre en détours plein d'excuses quand il est si urgent d'être simple mais aussi d'aimer, simplement aimer.

Un jour je prendrai seul le grand large dans la coquille de mon corps bien usé, je voguerai à l'estime ne sachant vraiment pas où je vais.

Mais j'irai, ô oui j'irai sans peur car non seulement la curiosité m'a toujours guidé mais la découverte demeure incessante.

Et puis je vous attendrai pour que vous soyez moins seul, je vous rassurerai, je vous consolerai car vous penserez avoir tout perdu alors que vous n'aviez rien si ce n'est un souffle de vie que certains auront gâché.

Alors dans l'immensité qui nous entourera, dans ce monde que vous imaginiez silencieux je vous ferai entendre toutes les musiques des mondes, les bruits des comètes qui se frôlent, les éruptions planétaires, les implosions stellaires et le ronronnement vulgaire des satellites des hommes. Nous serons au balcon du théâtre de l'univers comme en d'autres temps nous allions à la Scala ou au palais Garnier.

Et je râlerai, oui je râlerai car, retrouvant des êtres perdus qui seront aussi conviés vous redeviendrez ce que vous avez toujours été, des insouciants devant les urgences de la vie, oubliant l'essentiel.

Et l'essentiel c'est la minute présente.

Pas celle qui va suivre.

 



14/06/2016
28 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 44 autres membres