BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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83 - LA FEMME AMOUREUSE

C'est une femme partagée.

C'est une femme coupée en deux, aujourd'hui irradiée d'amour mais aussi laminée par un passé qu'elle n'arrive pas à  ranger dans un coin de sa tête pour vivre enfin ce dont elle avait toujours rêvé.

Elle a l'âge où la plupart des femmes ont les yeux tourné vers l'intérieur, refusant de voir ce qu'elles appellent " les ravages du temps " et l'abaissement des chairs, avec juste l'orgueil en héritage. Vous savez, cette mémoire du corps qui n'est que la patine des emportements de la vie comme le sont les galets adoucis parce que roulés par les rivières sauvages. Elle porte un regard perdu, je dirais éperdu sur ce qui avait été et ne sera plus et ne comprend pas ce qui lui arrive, elle qui se préparait à mourir à petits feux dans les douceurs domestiques d'une vie de carton-pâte.

Elle existait sagement et sagement l'assumait, riant quand il fallait et pleurant au bon moment. Elle s'était donné la sensation de vivre, multipliant les sorties, les associations, l'entretien du corps et de l'esprit, enfin quoi tous ces petits riens qui, ajoutés les uns aux autres, vous laissent l'impression de ne pas voir le temps foutre le camp. Sa vie professionnelle assumée et réussie elle croyait goûter à l'apaisement des sens, se retrouvant elle-même dans sa passion d'artiste, créant et fabriquant de ses mains des fleurs de verre et des lampes de demi-jour.

Elle ne se posait pas de questions, du moins refusait de voir, voir l'ennui, voir cette solitude si terrible quand on est deux et que l'autre ne vous remarque plus, voir le meuble qu'elle devenait, bien rangé et bien propre. Seuls quelques craquements venaient lui rappeler qu'elle respirait encore.

 

Et puis un jour, un regard, une voix, enfin quoi un éclair vient tout bouleverser, que dis-je bouleverser, renverser, ébranler, ravager.

D'un coup le corps se réveille, d'un coup la tête part en balade, d'un coup tout est chamboulé, tout est à l'envers, tout n'a plus le même goût.

Et dans cette âme de femme mûre ce sont des crépitements de pluies adolescentes qui viennent l'arroser.

Elle ne se reconnaît plus, elle revit, rajeunit, transpire du corps et de l'esprit, elle guette des signes, des mots, des espaces de respiration enfin quoi c'est le regain, un éclatement de ciel sombre pour un bleu de naissance, une nouvelle pousse improbable et tant attendue.

Alors elle se donne et en se donnant renie ce qu'elle avait toujours dit, pensé et cru, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

 

Elle est tiraillée, aime comme jamais elle n'aurait pensé aimer mais aussi tente de se raisonner, ne comprenant pas les mots irraisonnés qu'elle prononce tout en saisissant si bien ces élancements du ventre qui la taraudent.

Et puis arrivent dans sa tête les souvenirs, les moments heureux, les liens tressés avec un autre, les secousses compulsives et les enfants partis, laissant un peu d'elle arraché d'elle. Elle se perd, elle se cherche entre celle qui a été et celle qu'elle devient.

C'est une femme qui n'imaginait pas vivre en femme jusqu'au bout alors qu'elle avait balisé son chemin des lanternes du souvenir.

C'est une femme amoureuse et l'amour dans cette affaire est toujours jeune et si revivifiant qu'il vous colle dans la tête des rêves de gamine.

Alors qu'importe la mort, qu'importe le regard des autres, qu'importe l'âge et les raisonnements, c'est en fermant les yeux qu'elle bascule, ivre de vivre et ivre de lui.

 



11/07/2016
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