BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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95 - QUAND UN AUTRE REGARD SE POSE

Plus j'avance dans le chemin de l'âge, en d'autres termes plus je deviens vieux, et plus je suis étonné des sentiers tortueux - et ô combien délicieux - que prend la vie pour vous faire changer de route.

Je ne suis pas encore à l'âge canonique, vibrant dans ma tête et mon corps dans la droite ligne du gamin que j'étais, mais j'ai quand même un certain vécu, un regard qui se croit d'expérience et une pensée forte des milliers de pages que j'ai parcourues.

Bon, on est d'accord, si l'hirondelle ne fait pas le printemps, les années apportent quand même de belles cicatrices, lesquelles annoncent donc l'hiver.

Et sur ce sujet, comme beaucoup, j'en ai quelques-unes en magasin.

C'est vrai que j'ai toujours aimé les gens un peu couturés, pas trop lisses, enfin quoi ceux qui, parce qu'ils ont un passé, ont aussi les yeux tournés vers l'intérieur avec cette  façon très personnelle de se foutre de soi, quand ils voient le résultat obtenu après avoir tant bourlingué.

Oui mais voilà, il y a le regard, un autre regard, qui vous fait sursauter, qui vous interpelle et, pour tout dire, bouleverse tout.

Et c'est là que je veux en venir.

 

J'ai vu, j'ai approché tant de gens qui ont vécu cette métamorphose, le plus souvent des femmes bien sûr car elles sont plus intimement intimes si je puis me permettre que les hommes, plus soucieuses de ce qu'elles sont, avec cet éclairage qu'elles portent sur elles qui est sans détours. Mais aussi des hommes, plus rarement, essentiellement parce qu'ils sont féminins dans leur approche... évidemment.

Nous vivons nos vies en nous enfonçant dedans.

Nous laissons les habitudes nous submerger, nous assassiner, nous formater et perdons petit à petit l'envie de l'étonnement, de la surprise, comme des personnes qui, marchant dans la rue la tête baissée, sont convaincues qu'elles sont devenues grises.

Des gens vivent des vies qui ne leurs conviennent plus mais dont ils se persuadent que c'est leur vie, que rien ne peut changer et cela d'autant plus que l'âge s'avance de plus en plus ouvertement.

Alors, ce sont des petits arrangements, des couples qui s'ignorent, des femmes qui rêvent et qui s'endorment en soupirant, des morceaux d'existence qui vieillissent alors que le cœur bat, bat toujours comme un clairon le soir sur un champ de bataille et que votre terre est bouleversée, meurtrie d'assauts désordonnés.

Et puis arrive une personne avec une autre vision, un autre partage, un être venu d'ailleurs que l'on n'attendait plus.

Celui-ci vous voit avec d'autres yeux qui vous embellissent et vous rendent fragile, une sorte de déclencheur dont le ressort est tel qu'il vous propulse sur une autre planète, celle des possibles, celle des pourquoi pas,  celle de l'acceptation, celle de la témérité, vous qui mourriez en vous endormant.

Et cette porte ouverte vous attire, mieux même, elle vous fait prendre conscience malgré vos craintes et vos peurs ataviques que si par hasard elle venait à se refermer sans que vous en ayez franchi le seuil, sans que vous ayez osé, juste osé respirer cet air à la formidable régénérescence, vous basculeriez définitivement dans l'oubli de ce dont vous aviez toujours rêvé.

 

Alors  je ne peux que vous en conjurer, vous pousser, vous exhorter à balancer par-dessus les haies, les futaies et les forêts qui vous entourent vos habits d'avant, vos pensées d'avant, vos certitudes d'avant, avant que vous ne pénétriez dans cette obscure chênaie - tout un symbole ce mot écrit différemment n'est-ce pas -  et qui a élevé vos désirs, vos envies et le but de votre vie.

Pour tout dire ce que vous aviez toujours attendu.



11/11/2016
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