BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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104 - LES JOURS D'APRES...

C'est un temps de glace, un temps des temps primaires où le gris du ciel et le noir des versants granitiques des immeubles abrupts plombent les rêves qu'elle avait imaginés.

Elle est là, plantée devant sa fenêtre, sa cigarette fume accrochée à ses lèvres, les yeux noyés dans la pluie froide qui dégringole des nuages sombres. Ils ont des allures dantesques, frémissant de haine et leurs ventres gonflés sont comme une menace de lendemains obscurs.

Elle observe sans réfléchir des êtres transis et solitaires qui traversent la place dans la lumière sournoise de lampadaires faméliques.

Une tasse de café à la main, l'écran de télé qui s'agite dans un coin, les mots croisés en attente sur la petite table, les tuyaux du chauffage qui font un boucan d'enfer et le vide ahurissant d'une nouvelle journée qui commence.

Peut-être ira t'elle chez le coiffeur pour une coloration, peut-être aussi acheter le journal ou trois au quatre légumes, ou alors faire ses maigres comptes, repriser un ourlet, trier son dessous d'évier, finir ce bouquin qu'elle traîne depuis des semaines, classer les photos enfin quoi s'occuper, occuper les mains pour que l'esprit ne parte pas en galère.

Quand l'aube se pointe n'est-ce pas et que les heures du jour qui arrive s'annoncent en catimini pour ensuite ralentir méchamment au point de devoir les compter pour avoir l'impression qu'elles passent plus vite, cela file la trouille même à ceux qui ne craignent plus depuis longtemps que le ciel ne leur tombe sur la tête.

Son ciel à elle il s'est désintégré il y a des années quand d'un coup son mec, son homme, son si bel amant s'est effondré sans un soupir, sans un mot avec juste sa main crispée sur le cœur.

Depuis elle a appris le silence, elle a appris la solitude et son cortège de poussières de souvenirs qui envahit la tête.

Elle sait.

Elle sait ce qu'elle aurait dû faire ou pas faire, elle sait ce qu'elle aurait dû lui dire ou taire, elle sait que l'amour n'est pas que dans les cris heureux qu'il provoque mais aussi et surtout dans la constance, la présence, l'attention, le regard, ce regard qui lui manque tant et qui s'est éteint.

Alors elle erre, se cogne aux fauteuils, reprend du café, allume une autre cigarette et n'a envie de rien sauf peut-être de partir aussi pour voir comment cela fait d'être de l'autre côté parce que de celui-ci voyez-vous, elle en a assez d'en faire le tour.

Et comme chaque jour elle se secoue, elle fait semblant, elle respire et donc elle se dit qu'elle vit, même si depuis bien longtemps elle est morte en dedans.

La journée s'écoule entre somnolences, rêveries, télévision, mots fléchés et allers retours à la fenêtre pour voir, voir si, par hasard quelque chose avait changé.

Et le monde dans sa cruelle indifférence continue à tourner alors qu'elle crève de vivre dans une solitude assassine.

Sur le soir, quand il est l'heure de fermer les volets, de tirer les rideaux comme un couvercle de catafalque que l'on rabat avant l'enfermement elle dispose sur la table son assiette, ses couverts, son verre de Côtes du Rhône et dine en tête à tête avec le présentateur de la télé.

Et là, elle résiste, elle se retient, elle fait comme si car avant, face à elle, il était là et l'écran était éteint.

Que voulez-vous, quand un homme s'est imbriqué en vous au point que son absence est un arrachement on ne vit plus n'est-ce pas, on survit.

Et on attend.

L'amour est un tueur quand l'un des deux meurt et que l'autre ouvre ses mains dans le vide.

Alors arrive la nuit, une nouvelle nuit avec sa cohorte d'images et son train de souvenirs. Nuit où le lit est froid, nuit passée debout à caresser des songes et frôler la folie avant de se jeter sous les couvertures, épuisée, pour dormir quelques heures, à peine quelques heures avant que le matin ne revienne. 

 

Elle sait qu'à son âge elle n'a plus d'avenir.

Sauf celui de le retrouver.

 

Peut-être, car voyez-vous il lui avait dit et redit tant de fois "je t'aime pour l'éternité".

Oui c'est bien beau l'éternité, c'est grand, c'est l'amour infini, enfin quoi c'est rare un "amour pour l'éternité" mais quand même si tu étais encore là mon amour , raisonnait-elle, le matin nous boirions le café ensemble et ce serait bien.

Juste bien tu vois.

 

 

 

 



06/01/2017
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