BLOG D'ANAÏS par Gérard CABANE

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37 - DE LA FIDELITE

Je sais qu'avec cet article je me lance dans du lourd, du brutal comme dirait un personnage des Tontons Flingueurs.

Mais quand même, quand on évoque ce terme chacun d'entre nous a une histoire, une réaction et l'épiderme qui frisotte avec, souvent, des certitudes et des bleus à l'âme.

Alors, je mets mon casque, j'enfile mon armure, j'accroche le foulard à ma lance et vais tenter d'éviter les chausse-trappes dissimulées ici ou là par les hérauts des cours d'amour.

Evidemment j'aurais pu écrire Eros, mais que voulez-vous, beaucoup parlent ou entonnent des airs de trompette et d'infaillibilité quand d'autres vivent, du moins essaient de vivre sans trop s'éloigner de ce qu'ils ont été, en évitant le magma des idées reçues, du type "ça se fait" ou "ça se fait pas", sous le regard mauvais des conformistes et fabricants de lard de tous poils.

Quand on est gosse on a des rêves, des trucs qui vous enchantent la tête, des sortilèges qui vous habitent et un imaginaire si intense qu'il vous laisse deviner que la vie qui palpite en vous sera belle si vous n'avez pas peur.

Evidemment, cette même vie plus tard se chargera de vous remettre dans le rang.

Etre un bon citoyen, un bon travailleur, un bon mari, une femme vertueuse, faire ses trois-huit, ses soixante heures ou jouer au loto, partir en vacances avec les enfants, puis, parfois, sans les enfants et se faire broyer par les années qui passent pour se retrouver, la main sur la télécommande des regrets, à voir et revoir ses propres chefs-d'œuvre en péril qui se noient dans l'accumulation des rendez-vous manqués.

Oui, la vie est une garce pour celles et ceux qui s'imaginent que le temps laisse du temps car au fond, quand au sommet du clocher le tocsin résonne alors qu'on vous emporte, n'oubliez pas que le soleil brillera encore, le fleuve coulera toujours et le boulanger ouvrira demain à la même heure dans une bonne odeur de croissants chauds que vous ne pourrez plus sentir

Quant à vos rêves, vous savez ceux que vous faisiez assis en tailleur en train de jouer à la poupée, aux soldats ou que sais-je à lire une BD des Pieds-Nickelés ou de Bécassine, vos rêves d'enfants,  ces rêves les plus grands, les plus forts et les plus fous partiront avec vous.

Si, bien sûr, ils ne se sont pas fait la malle avant.

Ma fidélité est là, avant tout,  juste là dans mes rêves et mes chimères de gosse, pour la vie et au-delà de ma mort. L'autre, celle qui se planque à l'orée des buissons d'églantiers n'est qu'un épiphénomène si vous la comparez à l'aune des dons que vous aviez et que vous avez peut-être perdus.

Quand j'étais môme j'avais la tête tournée vers le ciel et je parlais aux étoiles. Ne riez pas, c'est vrai, c'était mes confidentes et mes amies. Ce sont elles qui me rassuraient, elles qui me comprenaient, elles enfin qui me confortaient et, petit à petit, à force de discuter avec Orion, la Grande Ourse ou  Cassiopée j'eus la certitude que si j'étais venu sur terre c'était pour ne surtout pas perdre mon temps car, étant curieux, il y avait bien trop de choses à faire, à lire, écouter, découvrir et surtout, surtout à aimer.

Je crois, en fait j'en suis sûr, toute notre vie se joue à ce moment là, dans ces âges où tout semble possible, où tout parait facile et où tout, mais vraiment tout, est accessible. Le reste du temps qui passe, ces années qui s'empilent comme des assiettes dans un placard ne sont que les témoins de notre marche à être ce que nous avons voulu être par rapport à ce que nous sommes devenus. Des marqueurs en quelque sorte.

Et ceux qui ont compromis leur imaginaire, ceux qui, préférant suivre la pente plutôt que chercher les sommets, ne comprennent pas qu'en s'éloignant de ce que l'on rêvait d'être on meurt un peu plus vite.

Mais à petit feu.

On rissole en quelque sorte sur les flammes attirantes de notre société de consommation et de pouvoir.

Trahir ? Mais on n'arrête pas de trahir.

A commencer par soi-même.

Alors je rigole quand j'entends des poncifs, des mots tout faits, des affirmations la main sur le cœur voire des menaces, des jalousies, des petites bassesses enfin quoi toute cette cohorte de bons sentiments qu'on tartine d'autant plus volontiers qu'ils ne coûtent rien.

Oui la véritable fidélité je crois c'est d'abord de suivre la ligne d'horizon qui, enfants, nous éblouissait. C'est de ne pas trop dévier, de ne pas trop s'écarter de nos rêves si beaux, si chevaleresques et si différents de ce que la vie, tout au long de notre vie, nous propose.

Je vois tant et tant d'espérances déçues, tant et tant de replis, d'enfermements, d'isolements chez des personnes dont je sais, qu'enfants, elles avaient les yeux si écarquillés qu'ils leur mangeaient la tête. Alors pourquoi tant de désillusions ? Pourquoi tant d'abandons ?

La vie, juste la vie avec son cortège de ruptures.

Alors on se contente de miettes, on transige, on se satisfait d'un ronron sécurisant qui anesthésie nos ambitions pour, à la fin, se retrouver comme un con avec la certitude d'être passé à côté de biens belles richesses.

Evidemment.

Evidemment.

Je me suis construis quand j'étais gosse de superbes châteaux en Espagne. Je ne les ai pas tous visités, loin de là, mais certains sont dans mon escarcelle.

Et quand je vois encore des ponts-levis qui s'abaissent ou des herses qui se lèvent et que je pénètre, étonné mais heureux, je retrouve ma place.

Cette place justement que j'avais, il y a longtemps déjà, quand je regardais les étoiles.

 

 

 

 

 

 



07/04/2015
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